Batna. Archéologie et patrimoine

La face cachée de Timgad…

El Watan 02/12/2007

Le site ne cesse de se dégrader et tomber en ruine après chaque édition dudit festival, et chaque année, les organisateurs de la manifestation parlent et promettent une copie grandeur nature du théâtre, hors de la ville antique.

De l’avis des spécialistes, historiens et archéologues, d’ici la réalisation dont on parle depuis une quinzaine d’années, il ne restera que des ruines de la Pompéi de l’Afrique du Nord (Thamugadi). Aussi bien à Batna que dans le Grand Aurès, il n’y a guère d’opposants au festival ; cependant, 4 personnes sur 5 s’opposent à la formule actuelle, connaissant les dégâts causés. Bien sûr, les personnes interrogées ne sont pas les mêmes qui passent à l’ENTV qui ne répondent pas à une question, mais plutôt adhèrent à une réponse des animateurs de l’Unique. Question du genre : « La soirée était magnifique dans ce beau théâtre à ciel ouvert, est-ce que vous êtes content ? » Or, si on demandait aux spectateurs et visiteurs leur avis sur la formule actuelle de l’organisation du festival, ce n’est pas l’approbation automatique. Combien sont-ils à savoir qu’il y a une fissure dans le mur de soutènement du théâtre, que toutes les dégradations sont irréversibles, qu’il est interdit même pour la télévision de faire rentrer un camion de plusieurs tonnes sur site, de laisser et de jeter des canettes et bouteilles qui dégradent encore plus le lieu et sa réputation mondiale qu’il est en train de perdre.
Comme une face cachée, le Festival de Timgad, du moins les soirées organisées chaque été et qualifiées de festival, portent plus préjudice au site historique qu’elles ne le font profiter si l’on en juge par les propos et déclarations des spécialistes et différents intervenants qui, dans leur quasi totalité et sans ambages, souhaitent mettre fin à un dégât programmé, nullement pour priver, selon nos interlocuteurs, les citoyens d’un acte culturel qui leur offre divertissement et distraction, mais pour préserver une richesse inestimable, en attendant la réalisation du fameux théâtre, hors de la ville antique pour ne plus mettre en péril, comme c’est le cas actuellement, un patrimoine archéologique inestimable. La sonnette d’alarme a été tirée à plusieurs reprises, pas uniquement à cause du festival et de ses méfaits, mais aussi suite aux différents vols, pillages, constructions illicites en dépit d’un périmètre de protection. Des pièces de monnaies, aussi bien romaines que berbères sont en possession de personnes d’une manière illégale qui cherchent preneurs, via internet ou à même l’entrée du site. Hors saison estivale, la ville antique Thamugadi semble dormir ou reprendre son souffle après un tumulte. Mais pour l’observateur, les séquelles et les stigmates sont là. Une colonne par terre, une pierre en bas relief qui a disparu, une grosse tache d’huile de vidange à quelques mètres du théâtre, un amas de pierres caché dont on ne connaît pas la provenance ; on est bel est bien dans l’irréversible. Pour les archéologues, c’est une catastrophe archéologique qu’on refuse obstinément de voir.

Le site subit à chaque édition du festival de considérables agressions, en témoigne l’état des dalles, des poutres et des voies. Si la capacité d’accueil du théâtre romain a été arrêtée à 2500 spectateurs, le chiffre a été doublé. On parle même de 7000 spectateurs lors des soirées de clôture. Les responsables du secteur de la culture, qui se rendent à Timgad uniquement lors du festival, disent ne pas vouloir transformer le site en cimetière en organisant des soirées à même le site. Ce n’est plus un cimetière qu’on risque d’avoir, mais un charnier. La création de l’Agence nationale d’archéologie en 1989, pour la noble mission du recensement, protection, mise en valeur du patrimoine archéologique à travers le pays, puis sa dissolution (l’agence) sans explication aucune, était un mauvais présage. Le patrimoine archéologique semble être livré à lui-même. Dans le cas de Timgad, le musée est fermé au public depuis belle lurette, sachant qu’il a été vandalisé. Il n’y a pas un seul guide sur les lieux ; des vendeurs à la sauvette proposent des figurines en plâtre ou des bijoux en toc aux rares visiteurs, souvent des couples en mal d’intimité et de lieux isolés.  

par Rachid Hamatou

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