Une rude épreuve pour la santé

Complications du jeûne sur les personnes malades

El Watan 23/09/2007

Pendant le mois de Ramadhan, les troubles digestifs comme les ballonnements et les douleurs épigastriques représentent les principaux petits ennuis de santé susceptibles de survenir. Les sujets sains arrivent à surmonter ces petits bobos, aux conséquences graves dans le domaine hormonal, de l’hydratation et psychologique sur des malades souffrants de certaines pathologies comme l’ulcère digestif, le diabète, les maladies cardiovasculaires et rénales.

 

Des praticiens sont intransigeants. Toute personne souffrant de telle ou telle maladie doit impérativement consulter au préalable avant de commencer à jeûner. Ils recommandent, pour cette période particulière, un suivi médical et un respect de la prise médicamenteuse. De nombreux malades, relèvent les praticiens, modifient arbitrairement les heures de prise des médicaments, ce qui peut entraîner, selon eux, des complications fâcheuses. Il ne suffit pas de prendre le médicament, mais il faut surtout le prendre au bon moment pour certains patients, souligne le Pr Merad, chef de service de cardiologie à l’hôpital Mustapha, interrogé sur les cas des malades hypertendus. On peut, poursuit-il, faire un aménagement thérapeutique lorsqu’on a un seul médicament à absorber. Dans ce cas, le malade hypertendu peut prendre son traitement durant la nuit. « Dès lors qu’un malade prend plus de deux médicaments, ce dernier ne peut pas jeûner. Une baisse de tension peut survenir, car il y a des médicaments qui ont une durée d’action limitée. Dans ce cas, il ne peut être couvert que durant une partie de la journée », signale le Pr Merad en recommandant aux malades d’être prudents car « lorsqu’on jeûne durant 10 heures, le corps est réellement fragilisé », a-t-il dit.

Maintenir le bon équilibre

Interrogé sur les cas de malades diabétiques qui décident de jeûner, le professeur Boudiba, endocrinologue et diabétologue à l’hôpital Mustapha Bacha, affirme qu’il y a certains diabétiques qui peuvent le faire, mais il l’est interdit pour les autres, tels que les diabétiques insulinodépendants. Le diabète, signale le professeur Boudiba, est un exemple de maladie chronique qui ne permet pas aux malades de jeûner.

Dans les deux types de cas de diabètes 1 et 2, il y a, ajoute le professeur Boudiba, des ajustements thérapeutiques instantanés et harmonieux qui n’autorisent pas le jeûne. Il cite l’exemple d’un malade atteint du diabète de type 2 sous insuline, il lui est, selon lui, formellement « interdit » de jeûner. « Ce malade doit répartir ses doses d’insuline et ses repas doivent s’adapter à l’insuline
», précise-t-il en signalant qu’il est difficile pour ce genre de malade d’observer le jeûne d’autant que les journées ont tendance à être plus longues. Pour lui, le médecin est seul habilité à donner un avis, selon les patients. Il signale que ceux qui ne risquent pas de présenter des complications et qui ont décidé de jeûner doivent veiller à l’équilibre de la glycémie et ajuster un traitement thérapeutique entre le moment de la rupture du jeûne et celui du shour. A l’idée de savoir qu’ils ne peuvent pas faire carême, ces malades vivent mal ceci sur le plan psychologique. « Il y un travail à faire par les imams dans les mosquées », recommande-t-il.

A propos des femmes enceintes et diabétiques, le Pr Boudiba estime que ces femmes font partie du groupe des sujets à exemption du jeûne. Un équilibre parfait de glycémie doit être assuré a-t-il indiqué. Les non-diabétiques, signale le spécialiste, peuvent le faire, mais cela dépend de leur état de santé. Il faut dire que dans de telles conditions, ces femmes ont besoin de s’hydrater, surveiller la tension artérielle, etc.Concernant les personnes souffrant de problèmes gastriques, ulcère, gastrite, collopathies, le Pr Nakmouche, chef de service de gastroentérologie à l’hôpital de Bab El Oued est catégorique : « Devant un ulcère ouvert et une gastrite évolutive, il n’est pas question de jeûner », souligne le Pr Nakmouche, précisant que ces patients peuvent avoir des complications après la rupture du jeûne, telles la perforation et les hémorragies. Pour notre interlocuteur, une consultation au préalable auprès du médecin traitant est recommandée pour tous ces malades avant de prendre la décision de jeûner. Malheureusement, nos conseils ne sont pas toujours suivis, regrette-t-il.

Limiter les trois blancs (sel, sucre, graisse)

Bien s’hydrater dès la rupture et juste avant la reprise du jeûne, consommer des liquides comme les produits laitiers, fractionner la rupture du jeûne et éviter les excès de sucres, de sel et de graisses, manger au moment du shour, telles sont les recommandations des médecins. Le respect des horaires du sommeil est aussi important, selon eux, pour pouvoir passer une journée sans trop de difficultés.

Djamila Kourta




Ce qu’il faut savoir



Selon ces mêmes médecins, les repas doivent être variés et toutes les catégories d’aliments représentées. L’hydratation de l’organisme est très importante lors de cette période particulière.

Buvez !

L’eau est essentielle à la vie. C’est le principal composant de notre organisme, constituant plus de 60% de notre corps. L’apport en eau doit être régulier sur l’ensemble de la journée et non pas uniquement lorsque l’on a soif, puisque la sensation de soif est un signe tardif de déshydratation. En plus de l’apport en liquide, l’eau va permettre de fournir à l’organisme des sels minéraux.

Vrai ou faux ?

On peut boire jus de fruits et sodas pendant les repas

Faux. Ce n’est pas recommandé. Ces boissons sont généralement très sucrées même les plus amères (20 à 30 morceaux de sucre par litre). Consommées au cours du repas, elles rassasient et donc peuvent couper l’appétit au détriment d’autres aliments indispensables. Elles contribuent à l’apparition des caries dentaires (attention aux enfants) et peuvent entraîner une prise de poids. De plus, elles n’étanchent pas la soif ! Jus de fruits et sodas doivent rester des boissons occasionnelles (fête, goûter d’enfants…). L’eau est la seule boisson indispensable à table.

On peut boire glacé sans problème

Faux. Il est préférable d’éviter les boissons glacées, parce qu’elles désaltèrent moins bien mais aussi parce qu’elles peuvent entraîner des troubles digestifs comme les diarrhées. Préférez boire frais ou à température normale. En cas de forte chaleur, ajoutez quelques glaçons dans votre verre pour avoir une sensation de fraîcheur sans subir les désagréments des boissons glacées. L’apport hydrique total quotidien doit être en moyenne de 1 ml par kilocalorie ingérée. Il devra être majoré en cas d’activité physique ou de forte chaleur. L’eau doit au moins représenter 1 à 1,5 l de cet apport. Il est complété par la consommation de produits qui apportent aussi de l’eau, comme les fruits et les légumes. L’apport en eau doit être régulier sur l’ensemble de la journée et non pas uniquement lorsque l’on a soif, puisque la sensation de soif est un signe tardif de déshydratation. En plus de l’apport en liquide, l’eau va permettre de fournir à l’organisme des sels minéraux.

Ce qu’il faut éviter

Halte aux excès de sucreries…

Limitez vos consommations de sucreries et confiseries. En revanche, n’hésitez pas manger du riz, des pâtes, mais n’y ajoutez pas systématiquement de beurre, de la crème fraîche ou du gruyère ! Ces aliments (les féculents) contiennent du sucre et celui-ci doit représenter la moitié environ des calories de votre alimentation. N’hésitez pas non plus à manger des légumes secs, des pommes de terre, du pain et des fruits à la fin du repas. Evitez de vous ruer systématiquement sur les pâtisseries. De façon générale, mieux vaut consommer un fruit qu’un produit sucré !Attention aux boissons sucrées ! Vous pouvez en boire de temps à autre, mais ce ne doit pas devenir votre boisson principale.

de viande

La viande fait partie des aliments qui participent à l’équilibre alimentaire, mais elle ne doit pas dépasser plus de 10% des apports énergétiques totaux. De plus, il est recommandé d’opter plus souvent pour de la volaille ou du poisson.

et des matières grasses

ll est nécessaire de privilégier les graisses végétales à celles d’origine animale : les graisses cachées sont celles qui sont contenues dans des aliments qui ne paraissent pas gras : viandes, charcuteries, fromages, plats préparés riches en sauce, crème, beurre. Les aliments des fast-foods, les frites, chips et poissons panés font partie de ces aliments gras dont l’excès fréquent doit être signalé.

 

par Djamila Kourta

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