Un lieu pour toutes les rencontres

Béjaïa/Le marché de l’Edimco

La Dépêche de Kabylie 23/09/2007

Vu l’étranglement de son entrée du côté du boulevard Krim-Belkacem, le marché de l’Edimco est, dit-on, le lieu rêvé des pickpockets, car en plus de ceux qui attendent le moment de distraction de leurs victimes pour leur subtiliser le portefeuille à la manière d’un prestidigitateur.

Le marché de l’Edimco est le plus grand marché de Béjaïa. Il se tient deux fois par semaine, le jeudi, en survivance du mythique marché d’El Khemis de Béjaïa qui occupait toute la partie basse de la ville, c’était un grand rendez-vous hebdomadaire entre les citadins et les paysans des villages environnants puis la partie basse de la ville s’urbanisant, le marché d’El Khemis, pour des raisons de commodités, est déplacé aux Quatre-chemins à l’entrée est de la ville, d’où après un séjour d’une quinzaine d’années, parce que le terrain sur lequel il se tenait a été revendiqué et récupéré par son propriétaire, les autorités ont jugé qu’il était plus judicieux de le transférer à l’Edimco, c’est-à-dire dans un endroit situé près du siège local de la société Edimco.

Le marché de l’Edimco s’anime également chaque lundi, mais là, il n’y a rien à voir avec El Khemis, mais plutôt avec Ihaddadène grand quartier périphérique édifié dans les années 70 et où, pour permettre aux habitants de faire leur marché sans se déplacer jusqu’à El Khemis, un marché hebdomadaire de fruits et légumes se tenant les lundi a été mis sur pied dans les terrains qui se trouvent entre les bâtiments.
Par la suite, parce que d’une part il a pris des proportions insoupçonnées en envahissant tout le quartier et d’autre part parce que les promoteurs immobiliers se sont emparés des terrains vagues, le marché du lundi d’Ihaddadène est transféré lui aussi à l’Edimco.

Et en fait de marché, celui de l’Edimco n’en est pas un. Il ne répond à aucune norme, ni d’hygiène, ni de sécurité, ni même de commodité. C’est un tronçon de route large d’une vingtaine de mètres et long de près d’un kilomètre. Il longe d’un côté un mur aveugle et de l’autre un petit oued aux eaux vaseuses et putrides et prend naissance au niveau du boulevard Krim Belkacem pour se terminer à la rencontre de la route de Tazeboudjt, face à l’entrée de l’université. Chaque jeudi et chaque lundi que Dieu fait, il est visité par des milliers et des milliers de personnes. Des pères de familles qui ont pour la semaine leurs provisions de fruits et légumes, des femmes s’y rendent pour acheter, toutes sortes d’articles ménagers exposés à la vente à des prix beaucoup moins élevés que ceux affichés dans les magasins.
Même si leurs intentions sont tout autre que d’acheter ou de vendre, les jeunes gens et les jeunes filles s’y rendent aussi en grand nombre.

N’ayant rien d’un marché au sens propre du terme puisqu’il s’agit d’une simple route, ce marché de l’Edimco est difficile d’accès et n’a aucun parking à proximité, ce sont les cités environnantes qui servent d’aire de stationnement, aussi dès que vous actionnerez votre clignotant pour vous y arrêter, un jeune vient vous aborder : “Ya aâmi, ya Khali ou ya El Djar, je suis là”, façon de vous dire mettez de côté pour moi 20 ou 30 DA à votre retour du marché, parfois le “gardien” ne se montre pas à votre arrivée aussi à votre retour si tout se passe bien, il viendra vous réclamer sa dîme, sinon, en cas de grabuge, il n’est ni vu, ni connu et il n’est pas dit que ce n’est pas lui qu’est à l’origine de la disparition de votre poste K7.

Vu l’étranglement de son entrée du côté du boulevard Krim-Belkacem, le marché de l’Edimco est, dit-on, le lieu rêvé des pickpockets, car en plus de ceux qui attendent le moment de distraction de leurs victimes pour leur subtiliser le portefeuille à la manière d’un prestidigitateur, de ceux qui se fondent dans la foule compacte après vous avoir arraché des mains votre liasse de billet au moment où vous l’avez sortie pour payer vos achats, il y a la présence d’une ou plusieurs bandes qui opèrent de manière très organisée et très astucieuse pour déposséder de leur portefeuille ceux qui se rendent au marché. Entre autres façons de procéder, il y a cette technique, à l’entrée du marché, un ou deux membres de la bande sont chargés de repérer les personnes “volables”, c’est-à-dire celles qu’ils jugent posséder un portefeuille bien gonflé et qui sont un peu dans les nuages.

A l’aide d’un pulvérisateur, genre pistolet à eaux, ils choisissent leurs futures victimes en les aspergeant d’une mousse blanche au niveau du dos ou du bas du pantalon. Ainsi marquée, l’innocente victime est attendue par les autres membres de la bande à l’endroit du marché où la foule est des plus denses. Alors un des voleurs se présente à elle en bienfaiteur et lui indique qu’elle a une saleté au dos ou au pantalon.
Et pendant qu’instinctivement la victime se retourne pour voir ce qu’elle a et avant qu’elle ne se rende compte de quoi que ce soit, l’autre voleur a déjà introduit sa main dans la poche de sa victime et a déjà dépossédé celle-ci de son portefeuille. Mais le marché de l’Edimco reste le marché le plus fréquenté de la wilaya, on y trouve de tout, outre les fruits, légumes et les viandes, il y a étalés à même le sol de l’habillement, de la quincaillerie et toutes sortes de produits de bazars cédés à des prix défiant toute concurrence.

Quant aux produits bio, ils ne sont-là que pour ceux qui se lèvent tôt, jusqu’à sept ou huit heures, il est encore possible d’acheter de vraies tomates avec le goût et l’odeur de la tomate, des piments et des poivrons qui ont de la personnalité et qui sentent encore le jardin aménagé au fond du ravin et arrosé avec l’eau claire de la source.
 

par B. Mouhoub

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