Grille des salaires et fonction publique Les prémices d’un nouveau bras de fer

 Le Quotidien d'Oran 25/09/2007

La nouvelle grille des salaires de la fonction publique n’est pas une solution aux yeux des syndicats. Elle est déjà un élément du problème.

La fronde contre la nouvelle grille des salaires s’élargit dans le secteur de l’Education. Même la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation qui relève de l’UGTA exprime ouvertement sa mauvaise humeur en boycottant une rencontre avec le ministre. La FNTE qui tient à se distinguer des syndicats autonomes par sa « sagesse » n’est pas suspecte d’être un nid « d’agitateurs » selon l’attaque préventive très peu inspirée du responsable de la fonction publique. Elle n’en partage pas moins la grande déception qui a gagné le secteur de l’Education nationale et l’enseignement supérieur.

L’écart est en effet grand entre les promesses d’amélioration substantielle du salaire et la réalité. La nouvelle grille des salaires de la fonction publique, censée mettre fin à une situation de contestation endémique dans le secteur de l’Education, n’est plus une solution mais un nouvel élément du problème. Impossible de ne pas voir dans cette montée de la contestation un effet logique de la méthode choisie pour élaborer la nouvelle grille. A plus forte raison, quand tous les syndicats sont tenus en marge d’un dossier essentiel. Il ne reste plus qu’au ministre de l’Education de lancer à la cantonade que la chose n’est pas susceptible car sacralisée par son adoption en Conseil des ministres, pour que la machine à fabriquer les conflits sociaux se mette à fonctionner.
A l’échelle de l’Education nationale, la FNTE exprime à l’égard du ministère le même courroux des syndicats autonomes à l’égard du gouvernement en général. La FNTE n’aime donc pas que Benbouzid profite de la nouvelle grille des salaires pour sauter certaines primes, ni son « manque de sérieux » dans le traitement du dossier du statut particulier.

La FNTE aime encore moins que l’on ne daigne accorder aucun intérêt au projet de statut qu’elle a élaboré. Résumées, ces remontrances renvoient au lot ordinaire des syndicats autonomes qu’on ne reconnaît pas et que l’on n’écoute, accessoirement, que lors des procédures en référé pour faire annuler les grèves. Apparemment, la FNTE ne peut occulter la déception réelle du corps enseignant. Le terrain étant aussi occupé par la « concurrence » des autres syndicats, la fédération se devait de ne pas paraître en retrait par rapport aux syndicats autonomes quitte à cultiver sa différence. Quitte aussi à montrer incidemment que la « maison-mère » UGTA n’a pas vraiment fait du bon boulot dans la négociation sur la grille des salaires dans la fonction publique. Voilà donc comment un syndicat non « agitateur » se met à s’agiter à son tour en convoquant une « une réunion nationale d’urgence » des cadres syndicaux dans les prochains jours en vue « d’arrêter les actions à entreprendre pour dénoncer les dispositions prises par la tutelle ». La FNTE appelle ses adhérents « à répondre à toute éventuelle mesure d’urgence ». Les syndicats autonomes, eux, ont pris les devants en annonçant le lancement à partir du 6 octobre prochain d’un mouvement de protestation. C’est qu’à l’évaluation de la nouvelle grille des salaires, tous conviennent qu’ils y gagnent des miettes, au mieux une augmentation de 15 %.

Le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) compte organiser un débrayage de trois jours à compter du 20 Octobre. A l’évidence, rien ne va plus. Et le directeur général de la Fonction publique n’a pas arrangé les choses en braquant inutilement les syndicats autonomes. Ils ne sont pas « agitateurs » par vocation. C’est plutôt la nouvelle grille des salaires et la « méthode » choisie par le gouvernement qui suscite des « agitations » même dans les rangs des syndicats « amis » comme la FNTE. On entre dans les prémices d’un nouveau bras de fer et l’on peut s’attendre à ce que le gouvernement fasse à nouveau usage de la saisine de la justice en référé pour essayer de contenir cette colère qui monte, qui monte...
 

par M. Saâdoune

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