Scandale ou arnaque

El Watan 27/09/2007

Une caméra cachée...en cache une autre ! Bla Zaâf a pris subrepticement, à mi-parcours du ramadhan, le relais de Khfif ou Drif mais avec une touche encore plus insipide. C’est à croire que cette année la devise des réalisateurs de ce genre d’émissions a été (à défaut de pouvoir élever le niveau technique et esthétique de leurs œuvres) de faire carrément dans l’à-peuprisme partant du principe que les Algériens, en se faisant violence de se fidéliser avec le petit écran national pendant la tranche horaire capitale qui mène de l’adhan au journal télévisé, sont tout à fait dispos pour avaler n’importe quel navet pourvu qu’il porte la marque de chez nous.

 

Non mais c’est vrai, parfois on se dit que ce public est tellement généreux dans ces appréciations, tellement indulgent dans sa perception du label national, qu’on n’hésite pas à lui faire prendre des vessies pour des lanternes sous prétexte de le divertir. Il suffit de discuter avec son voisin de palier, son ami, son collègue de travail, bref faire un tour dans la rue ou recueillir les impressions à chaud dans les foyers pour s’apercevoir que les productions dites humoristiques ne volent pas très haut. “ Franchement,elles ne sont pas drôles et donc ne font pas rire. Tous juste si elles libèrent un rictus pour ne pas casser l’ambiance. Pourtant,ce n’est pas faute d’avoir de bons comédiens.” entends-on dire à propos ,entres autres, des sitcoms qui manquent souvent de finesse et de subtilité dans les scénarios, et se retrouvent donc fortement desservis par la grande marge de liberté et d’improvisation dans laquelle ils ont été confinés.Malgré son talent, Kamal Bouakaz, par exemple dans Hal ou Ahouel, a du mal à supporter presque à lui seul le poids d’une série comique ou les rôles doivent être équilibrés et complémentaires, même s’il a comme partenaires Faouzi Besaichi,Achouri ou Nawal Zaater qui font de leur mieux pour sauver l’émission de la monotonie.
De plus lorsqu’on lui confie un rôle, celui du milliardaire obséquieux, ou on ne le sent pas visiblement à l’aise lui qui a l’habitude de se mettre dans la peau d’un populo truculent et à l’esprit vif, autant dire qu’on a au départ opté pour le gaspillage d’un bon acteur pour un résultat comique pas du tout évident.

Les gesticulations nombreuses et les élucubrations impromptues mais forcées du comédien pour maintenir le rythme et la cohérence de cette série télé ont fini par donner mauvais goût à cette dernière qui pourtant a été réalisée à grands frais.
En effet, selon une source sûre, le sitcom en question a coûté pas moins de trente millions de dinars (trois milliards de centimes), une somme colossale qui paraît bien disproportionnée par rapport à la qualité et à la dimension de la production. Au demeurant, c’est le financement du programme ramadhan qui fait aujourd’hui parler de lui dans le milieu cinématographique ou on pense qu’il y a eu trop d’argent déversé pour si peu. Lorsqu’on sait par ailleurs que Bla Zaâf ou Khfif ou Drif qui ont fonctionné, distinctement, avec deux personnages et un invité, une chaise et une caméra fixe ont coûté quarante millions de dinars (4 milliards de centimes) chacune, on reste rêveur sur cette manne assurée par les sponsors qui semble tomber du ciel au moment ou on parle de rigueur économique et d’efficacité. Ce n’est donc pas l’argent qui a manqué le plus à notre télé pour remplir la grille du mois sacré, mais on vous laisse deviner pour quelle finalité. Ainsi,les estimations budgétaires (qui ont, à quelques centimes prés, toutes été consommées) donnent le vertige avec les chiffres suivants : 5 milliards de centimes pour le feuilleton Mawid maâ el qader, 4 milliards pour la série humoristique, 4 milliards pour la caméra cachée, 3 milliards pour le sitcom, 3 milliards pour le feuilleton arabe, 3 milliards pour Khatem Souleimane, 2 milliards pour l’émission culinaire, 1 milliard pour la série religieuse, 1 milliard pour le clip religieux (même l’Adhan est sponsorisé).

Quant on annonce autant de fric pour la création télévisuellle, faut-il se montrer encore indulgent ou compréhensif devant des productions qui pour la plupart ne dépassent pas le stade de l’amateurisme ? Pourquoi tant d’argent pour avoir à l’arrivée des produits qui ressemblent désormais à des bides en comparaison avec les moyens financiers qui leur ont été consacrés ? Faut-il parler de scandale ou d’arnaque quand les téléspectateurs , les premiers concernés par ces réalisations,ont l’impression d’avoir été roulés dans la farine ? Car mis a part le feuilleton de la soirée qui semble avoir tenu ses promesses compte de l’audience populaire qui l’entoure,le reste du programme prend l’allure d’un gros gaspillage difficile à digérer.Il est loin le temps ou avec un investissement de fortune, on arrivait à sortir des petits chefs d’oeuvre.C’était le temps ou l’esprit travaillait plus que le ventre.Saha f’tourkoum.
 

par A. Merad

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