Lointaines ondes de proximité

 La Dépêche de Kabylie 30/09/2007

À l’exception de Radio Soummam, la fièvre des radios locales publiques n’a pas touché la Kabylie. Tizi Ouzou, Bouira et Boumerdès n’en disposent pas, alors que près d’une vingtaine de wilayas en sont dotées. Or, la ville de Tizi Ouzou dispose d’une ancienne infrastructure radio datant du début des années 60 et que le ministère de la Culture avait, il y a une dizaine d’année, projeté de réhabiliter.

 

Un mirage de plus dans la grisaille nationale que l’on nous a fait vainement miroiter une nouvelle fois en 2006. En matière d’information audiovisuelle de proximité, la Kabylie est aujourd’hui la moins bien servie. La Chaîne II, radio publique de langue kabyle, était, avant l’ouverture de 1989, soumise aux canons liberticides de la dictature et reproduisait le discours des maîtres de l’heure dans une mixture d’arabo-islamisme désuet, de socialisme de caserne et de langue de bois. Ceux qui, à l’intérieur de cette machine de propagande, ont résisté par leur intelligence, leur loyauté et leur engagement, ont inscrit leurs noms en lettres d’or dans le sillage du réveil culturel en Kabylie. Le média le plus prégnant, la télévision, était et demeure à mille lieues des préoccupations du peuple. Le paradoxe le moins acceptable en la matière est la politique actuellement en cours au niveau des services d’information de la radio Chaîne II censée s’adresser aux auditeurs kabylophones.

Inondations, éboulements, incendies de forêts, accidents de la route, maladies épidémiques sévissant dans la région, aucun de ces sujets n’a bénéficié de dossier d’actualité où seraient programmées des interviews avec les responsables de l’administration ou de la sécurité, des enquêtes auprès des structures concernées, des témoignages de victimes ou de simples citoyens, etc. Pourtant, des dossiers internationaux trouvent parfois des développements trop enflés par rapport à l’aire d’influence du média en question. Des ministres ou responsables étrangers sont interrogés par téléphone et traduits simultanément juste pour expliquer la position d’une partie impliquée dans un conflit quelconque. À notre sens, le statut de la Chaîne II devrait être réorienté de façon à servir ses auditeurs-cibles et non un fantomatique public.
A une époque, où l’on assiste à la configuration du village planétaire sur le plan économique, géostratégique et culturel, et au moment où la chaîne de télévision la plus prisée des téléspectateurs kabyles, BRTV, subit les aléas de la logique commerciale via un abonnement inaccessible à son public privilégié, on doit se poser la question de savoir en quoi la sphère de l’information et de la communication audiovisuelle a changé en Kabylie depuis l’émission ‘’Houna Bariz’’ de Radio-France diffusée au début des années 70 à l’intention des auditeurs de cette région.

La question peut paraître ingénument étrange dans un monde maillé par les ondes hertziennes, les satellites et les journaux. Pourtant, pour les habitants de la montagne qui ne maîtrisent que la langue de leurs aïeux comme pour les jeunes passionnés par la réhabilitation de leur langue maternelle, la question demeure pendante 45 ans après l’indépendance du pays. L’émission citée plus haut ayant versé dans l’opposition au régime politique de l’époque, elle a fini par être censurée par Paris sur intervention des autorités algériennes. Puis, dans la foulée du conflit du Sahara occidental, Radio Tanger s’est mise à diffuser, à partir de 1976, des émissions en kabyle qui évoluèrent rapidement en littérature de subversion. Ces deux stations étaient très suivies dans les villages de la montagne en raison de la liberté débridée de ton qu’elles avaient adoptée et surtout parce qu’elles s’exprimaient dans la langue courante, sans sophistication ni fioritures, et passaient les artistes kabyles interdits d’antenne en Algérie à l’image de Slimane Azem. Après la timide ouverture des médias publics en 1990, les téléspectateurs et les auditeurs de Kabylie ont voulu croire au miracle d’autant plus que le radio a commencé à parler du pays réel et la télévision, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, a ‘’toléré’’ des bribes de dialogue en kabyle. Cela a duré ce que dure le printemps des jeunes filles. L’Algérie sombrera, quelques temps après, dans l’une des épreuves les plus dures de son histoire, le terrorisme islamiste.

L’introduction d’un journal télévisé en tamazight à la télévision, outre son aspect technique discutable et sa plage horaire très limitée, ne change rien au fade contenu de l’information officielle, puisque, de toutes façons, on peut mentir et délirer aussi bien en arabe qu’en kabyle.

Le monopole sur les médias audiovisuels est un honteux stigmate de la pensée unique et du jdanovisme culturel. Honteuse aussi est cette solution fatale à laquelle sont réduits des Algériens séduits par l’investissement dans ce secteur- ou de brillants journalistes ayant été écrasés par la machine infernale de l’ENTV- de tenter leur chance sous d’autres cieux. Seule l’ouverture de ce secteur à l’initiative privée pourra faire connaître le génie du peuple et la culture authentique du pays tout en jetant les premiers jalons d’une véritable culture démocratique. Au vu des potentialités humaines qu’elle recèle, la Kabylie se prête immanquablement à une expérience dans ce domaine et peut être, par la suite, une locomotive pour l’ensemble du pays.
 

par Amar Naït Messaoud

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