Belgique Des centaines de « sans-papiers» algériens «piégés »

 Le Quotidien d'Oran 06/10/2007

C’est un véritable calvaire que vivent plusieurs centaines de sans-papiers algériens en Belgique. A Bruxelles et à Charleroi, les conditions de vie sont dures et indécentes pour ces Algériens en situation irrégulière, rapporte l’APS.

Faute d’un accord belgo-algérien sur la circulation des personnes, en général, et sur le rapatriement, en particulier, d’environ 2.000 - selon des sources concordantes mais informelles - et en raison d’un processus de régularisation des plus rigides en Europe, de nombreux Algériens résidant dans ce royaume sont pris dans les engrenages de l’immigration clandestine.

Se sentant, d’une part, marginalisés, discriminés par les autorités belges et, de l’autre, selon leurs propos, lâchés par les services consulaires de leur pays, ils sont légion ces jeunes sans papiers à sombrer dans le trafic de drogue, le larcin ou le banditisme, alors que de nombreux autres gagnent leur croûte par de petits boulots au noir ou survivent de la solidarité des leurs.

En majorité, ces «sans-papiers», venus directement d’Algérie mais aussi d’autres pays européens (Espagne, Hollande, Allemagne, Suisse, etc.) vivotent volontairement sous de fausses identités ou sans aucun papier d’identité, ajoute-t-on, à Charleroi. Cette situation leur permet d’éviter d’être expulsés dans l’attente d’une hypothétique régularisation.

Même lorsqu’ils sont arrêtés par la police belge, faute d’accord avec les autorités algériennes, ils sont remis en liberté... le temps long de procéder aux identifications officielles, aussi bien par les autorités belges qu’algériennes.

La représentation consulaire algérienne ne peut en effet délivrer de laissez-passer pour réadmettre au pays un sans-papier, que si sa nationalité algérienne est formellement établie, son statut de résident irrégulier avéré, et que ce candidat au retour n’ait pas formulé un recours pour bénéficier d’une régularisation.

Une situation qui pousse des sans-papiers marocains à se faire passer pour des ressortissants algériens dans le but de bénéficier de cette attente. Car, en vertu des accords sur la réadmission belgo-marocains, explique une source non officielle, ceux-ci sont expulsés rapidement, «quitte à rectifier le tir» peu de temps après s’il s’avérera qu’il s’agit de non-Marocains.

Une fois arrivés en Europe, en particulier pour les moins qualifiés, ils sont pris dans le piège des petits boulots au noir, irréguliers, harassants, peu rémunérés, qui les maintiennent dans une précarité durable, qui ne peut être rompue que par un grand coup: un coup de pot ou un coup de force. Leur éventuel retour, par dépit, au pays, en devient encore plus problématique. Outre ces questions de manque de papiers, ils ne conçoivent pas de retour humiliant, «ni expulsés ni une main devant, une main derrière». Alors, ils s’adonnent aux activités qui leur permettent de survivre, de voir venir, de moins en moins regardants sur les moyens en s’organisant parfois en bandes «visibles la nuit à Charleroi», selon les témoignages dans cette ville où sévit un chômage endémique. Selon des sources officieuses, ils sont actuellement entre 400 et 500 Algériens, dont des mineurs et des jeunes filles, à purger des peines dans les prisons belges. Faisant fi de leur situation «irrégulière» dans ce pays, ils se plaignent de l’absence d’aide des autorités consulaires «au moins pour les papiers».

Les animateurs de la Fédération de la communauté algérienne en Belgique (FCAB), Karim Bellara, Youcef Louni, Mokrane Abdelkader mais aussi le député du FLN, Mustapha Taibi, soutiennent eux, qu’ils ne peuvent faire face qu’au plus pressé pour une petite partie de ces sans-papiers. Comme ce ftour offert quotidiennement à une soixantaine d’Algériens dont une moitié de sans-papiers, ces bénévoles affirment que l’association tente d’apporter quelque réconfort et orienter ces clandestins dans leurs démarches administratives.

Le plus important, selon M. Taibi, «c’est de les avoir à l’oeil» pour éviter qu’ils plongent dans la délinquance ou qu’ils soient repêchés par les gangs de banditisme. Le consulat, quant à lui, a pieds et poings liés par les législations du pays d’accueil et d’origine ainsi que des accords entre les deux pays. Sa marge de manoeuvre étant étroite, le consulat fait néanmoins preuve parfois d’une certaine souplesse pour donner un coup de pouce à des sans-papiers pouvant être régularisés grâce à la procédure de regroupement familial, mariage, travail et qualifications.

Un cas qui défraye la chronique à Charleroi illustre à l’extrême la situation des sans-papiers. Un jeune ressortissant algérien, connu pour sa marginalité, est tué à la suite d’une rixe par d’autres belgo-algériens, qui tiennent une boucherie dans cette ville. Son corps repose dans la morgue de Charleroi depuis une quinzaine de jours et ne peut être rapatrié bien que ses amis dans la même situation aient réussi à collecter 13.000 euros, largement de quoi assumer les frais de ce rapatriement. La cause tient au fait que les autorités belges ont découvert qu’il avait quatre fausses identités. Après les vérifications d’usage avec les autorités compétentes algériennes, la justice belge doit procéder à des rectifications de son identité, ce qui prend un temps jugé long par ses proches. Un autre cas dramatique similaire: un jeune homme, assassiné lui aussi, est enterré depuis six mois sous une fausse identité. La procédure judiciaire de rectification, d’exhumation du corps pour le rapatrier, nécessite des délais que personne ne peut, dans l’état actuel des choses, réduire. Pour des sources belges, il faudrait des accords spécifiques avec l’Algérie, comme cela a été fait avec d’autres pays de la région. Mais la partie algérienne veut un accord global qui réglemente l’ensemble des aspects de la circulation des personnes (visas, droits des légaux, conditions de vie et d’éventuels retours dans la dignité, etc.) et non pas seulement le rapatriement de ses ressortissants morts ou vivants. Les animateurs de la FCAB souhaitent organiser une rencontre de coordination avec les responsables du consulat, «pour voir ce qui peut être fait ensemble». Avant la fin du mois de Ramadhan, il est aussi question d’organiser une grande assemblée en présence de la presse, de la FCAB et autres officiels.
 

par H. Saaïdia

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