Plus de 155 000 Algériens se sont déjà endettés

Le crédit automobile séduit les ménages 

LE JEUNE INDÉPENDANT 15/10/2007

Le crédit automobile connaît, depuis quelques années, une expansion fulgurante à la faveur de la multiplication des concessionnaires et des banques nationales et étrangères qui offrent ce genre de produit. De la petite Maruti à la luxueuse voiture allemande en passant par les modèles français, italiens, américains, sud-coréens ou encore japonais, l’engouement des Algériens n’a d’égal que l’ampleur des embouteillages que certains automobilistes impatients imputent aux «facilités de paiement».

Mais cet engouement a un prix : un endettement parfois trop lourd à supporter pour des revenus moyens et des impayés que les banques tentent de maintenir à des niveaux décents. Afin de nous rendre justement compte du poids de ces impayés sur les banques, nous nous sommes rapprochées de certaines d’entre elles.

Mais contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, la situation est loin d’être alarmante, elle est même tout à fait raisonnable. Que ce soit à l’ABC Bank, à Cetelem, à Al Baraka Bank ou encore à la CNEP banque, le constat est le même : 2 % à 4 % d’impayés au maximum, parfois même moins au niveau de certaines d’entre elles à l’image de l’ABC Bank, un établissement à capitaux étatiques arabes (Koweït, Libye et Emirats Arabes Unis), installé en Algérie depuis 1998 mais qui ne propose le crédit automobile que depuis 2006.

La banque avait une vocation Corporate mais s’intéresse depuis 2000 au segment des particuliers avec l’ouverture de nouvelles agences pour offrir des produits Retail (placement, carte, coffre fort…). Le directeur du Retail Banking (banque de détail) au niveau de cette dernière, M. Ferhat Guendouzi, affirme qu’en matière de crédit automobile, «l’offre est supérieure à la demande, mais nous ne pouvons pas aller plus vite que l’expansion de notre réseau».

La banque gère déjà un portefeuille de 2 000 dossiers de crédit automobile totalisant un montant de 1,5 milliards de dinars. Mais selon M. Guendouzi, «le taux moyen des impayés en Algérie est de l’ordre de 2 %, il est également à ce niveau là chez les autres banques privées, mais chez nous il est nettement inférieur à cela».

D’ailleurs, on parle pas d’impayés mais plutôt de «retards de payement». Même son de cloche du côté de Cetelem qui a démarré son activité en février 2006 et dont le portefeuille de 35 000 clients est réparti à parts égales entre le segment des crédits automobile et celui du financement des biens d’équipement (électroménager, meuble…).

Selon le directeur gestion clientèle, M. Stéphane Thomas, «les premiers chiffres d’impayés enregistrés sont tout à fait raisonnables puisqu’ils sont de moins de 2 % et permettent d’envisager une activité financièrement équilibrée».

Au niveau de la banque islamique Al-Baraka, il a parfois atteint 3 % et il est loin d’être inquiétant, il est même considéré comme «admis et normal», selon M. Karim Saïd, directeur de la banque de détail au niveau de cet établissement qui se targue d’avoir «terminé l’année 2006 en leader de ce marché avec 47 500 crédits automobiles accordés depuis 2001 et 17 500 véhicules financés pour les particuliers au titre de l’année 2006.

La tendance au niveau de la banque publique CNEP Banque ne diffère pas de celle observée au niveau des banques privées. La CNEP qui vient de relancer le crédit automobile en juillet dernier après 2 années de suspension affiche des taux tout aussi raisonnables bien que légèrement supérieurs aux précédentes banques.

Les responsables de la CNEP banque, qui a octroyé 70 500 crédits automobile entre 2001 et 2005 pour une valeur de 35 milliards de dinars, évoquent un taux d’impayés de l’ordre de 4 % et réfutent l’information selon laquelle la suspension de ce produit durant plusieurs mois avait un lien avec ce facteur.

Un salaire minimum pour limiter les risques Comment les banques parviennent-elles à maintenir un niveau d’impayés raisonnable étant donné le niveau du pouvoir d’achat des ménages et les innombrables charges qui pèsent sur eux et surtout quand on connaît les taux d’intérêts que les banques pratiquent : 9,9 % chez Cetelem, 8,25 % chez ABC Bank, entre 6,75 % et 7,5 chez la CNEP banque et une marge bénéficiaire située entre 8 % et 8,5 % chez la banque Al-Baraka ? En réalité, la réponse réside dans le choix de la clientèle comme l’admettent unanimement nos interlocuteurs, et ce à travers une série de conditions que les clients doivent remplir pour ouvrir droit au crédit.

«A la banque Al-Baraka, nous sommes très rigoureux et sélectifs au départ», nous dit M. Saïd selon lequel «il faut un salaire minimum pour que la banque accepte le dossier». Abondant dans le même sens, M. Guendouzi affirme qu’»il faut des critères de sélection car c’est une relation durable que nous construisons avec le client et il nous faut donc choisir des partenaires sérieux».

Le premier et le plus important critère de sélection des banques est sans doute le salaire. Le salaire exigé à Al-Baraka varie entre 22 000 dinars et 25 000 dinars selon que le client soit célibataire ou marié alors qu’il démarre à 25 000 dinars au niveau d’ABC Bank.

Chez Cetelem, en revanche, et même si l’on se garde de parler d’un revenu minimum, on évoque d’autres mesures pour limiter le taux d’impayés. Selon M. Thomas, la banque «a mis les moyens en matière de méthodes et d’outils d’aide à la décision.

Les études de demande de crédit sont personnalisées et prennent en considération aussi bien les charges que les revenus du client. Les mensualités sont donc adaptées au budget du client pour lui permettre de rembourser son crédit sans détériorer sa qualité de vie».

Selon le même responsable, la banque «sait aussi dire non lorsque l’opération de crédit n’est pas raisonnable ou risque de nuire à l’intérêt du demandeur». Ainsi, avec son système de décision, «le taux de refus enregistré à ce jour est d’environ 40 % des demandes».

Les ménages algériens ne sont pas surendettés Dans sa nouvelle offre revisitée du crédit automobile, la CNEP banque n’a pas fixé de salaire minimum. On affirme que les demandes seront étudiées au cas par cas au même titre que les capacités financières du client.

Une condition cependant : le niveau d’endettement du contractant ne doit pas dépasser 40 % de son revenu. La prise en compte de la capacité d’endettement constitue pour les banques un moyen de se prémunir contre les risques d’impayés comme nous l’affirme M. Guendouzi.

«Généralement, l’Algérien veut le crédit à tout prix, peu importe ses moyens financiers. La capacité d’endettement est donc une protection pour lui», dit-il. Ainsi, à l’ABC Bank, on ne tolère pas une capacité d’endettement supérieure à 40 % du salaire du client.

Du côté de la banque Al-Baraka, par exemple, la capacité d’endettement tolérée diffère selon le niveau du salaire. 33 % pour un revenu supérieur ou égal à 22 000 dinars et 40 % pour les salaires supérieurs à 40 000 dinars. «Nous donnons des crédits, mais des crédits sains», a commenté M. Saïd.

De l’avis des banquiers, il n’est pas tout à fait correct de parler de surendettement des ménages algériens. «Le niveau actuel d’endettement des ménages est très faible. L’encours du crédit aux particuliers est inférieur à 2 % du revenu annuel, soit bien moins que l’Espagne où le taux est de 10 %, l’Allemagne de 13 % ou encore l’Angleterre où le taux d’endettement dépasse 20 %», a observé M. Thomas.

Qu’il soit de 2 % ou de 4 %, l’existence d’un niveau d’impayés aussi raisonnable soit-il sous-entend des contentieux auxquels les banques sont appelées à trouver des solutions et c’est semble-t-il, le choix du règlement à l’amiable qui est privilégié dans ce genre de situations.

C’est notamment le cas à la banque Al-Baraka, dont le représentant, M. Saïd nous a déclaré : «Nous avons des contacts directs avec les clients que nous appelons et auxquels nous adressons des mises en demeure. Si au bout de la 3e mise en demeure le client ne s’acquitte toujours pas de ses mensualités, notre banque transmet le dossier aux assurances qui prennent les choses en main.» Il faut dire que les assurances couvrent la banque sur une partie du crédit en cas de défaut de payement des clients.

Toutefois, ce genre de situations ne touche qu’une population «réduite», selon M. Saïd. Le recours à la justice n’est envisagé qu’en dernier lieu, mais «généralement, nous arrivons à trouver un terrain d’entente», nous dit le représentant de la banque qui n’a toutefois pas souhaité nous préciser si l’institution a effectivement eu recours à la justice pour régler certains contentieux.

Par ailleurs, à l’ABC Bank, on préfère parler de «retards de payement qui peuvent aller de 15 à 20 jours plutôt que d’impayés» et dans ce cas c’est le conseiller clientèle qui intervient et appelle le client. Ensuite, il envoie une lettre de rappel.

«Généralement, au bout de la 2e mise en demeure, le client se manifeste pour s’acquitter de sa mensualité», nous dit M. Guendouzi. Selon lui, la banque ne connaît pas beaucoup de problème de ce genre, car «dès que le client commence à ressentir la menace, il vient honorer ses engagements».

A l’instar de ses consœurs, la banque applique un système de pénalité en cas de retard et prévoit de faire appel à la justice en dernier recours. La formation, l’autre moyen de prévention Au-delà des conditions d’accès au crédit, certaines banques, pour prévenir le risque des impayés, ont fait le choix de la formation.

C’est un créneau sur lequel ABC Bank à misé. M. Guendouzi nous explique à ce sujet que la banque «recrute son personnel 6 mois avant sa prise de fonction officielle pour une formation théorique et pratique. 10 % de la masse salariale est ainsi consacrée chaque année à la formation que ce soit au niveau de la banque ou à l’étranger.

Les formations dispensées ont trait aussi bien à la lutte contre le blanchiment d’argent qu’aux techniques d’accueil et de vente et aux différents types de crédit, etc.» Par ailleurs, une fois intégrés dans leurs postes, les employés continuent à être formés au niveau des différentes directions de la banque».

Une centrale des risques à la fin de cette année Le crédit automobile reste sain, selon le délégué général de l’Association des banques et des établissements financiers, M. Abderrahmane Benkhalfa, aussi bien au niveau des impayés des banques que celui du surendettement des ménages.

Toutefois pour que cette maîtrise soit pérenne, les banques comptent «sur la mise en place d’une centrale des risques «. Celle-ci «nous permettra d’avoir plus d’information sur les clients et d’éviter le cumul des crédits qui peut leur être préjudiciable dans certains cas», nous explique M. Guendouzi.

Selon lui, la Banque d’Algérie a demandé aux banques de lui transmettre toutes les informations sur leur portefeuille de crédit. Chacune d’entre elles pourra grâce à la mise en place de la centrale des risques, qui doit intervenir «d’ici à la fin de l’année», consulter ces informations à son niveau.

Certaines banques à l’image d’Al-Baraka ont mis en place leur propre centrale de risque. Cependant, son utilité reste limitée puisqu’elle permet simplement de savoir si un client cumule les crédits au niveau de cette banque, selon son représentant.

En attendant la mise en place de la centrale, les banques assurent qu’elles poursuivront le développement du crédit automobile sans discrimination entre les concessionnaires. Dans ce cadre, ABC Bank table sur une croissance annuelle de 15 % à 20 % sur ce produit, nous dit M. Guendouzi.

De son côté, Cetelem assure qu’elle continuera à «développer un crédit sain et responsable avec un respect des engagements à chaque étape de la relation client, de la demande du crédit en passant par sa mise en place, son déroulement et son solde définitif».

Quant à la banque Al-Baraka qui a terminé l’année leader du marché, elle espère rééditer cette performance.

 

par Safia Berkouk

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