La saga d’un Kabyle pas comme les autres

Il est champion du monde de full-contact

La Dépêche de Kabylie 17/10/2007

La saga d’un Kabyle pas comme les autresFarid, qui a tenu à faire un saut au bled pour y rencontrer ses parents et les enfants du pays qu’il n’a plus revu depuis sept longues années, se prépare à défendre sa ceinture mondiale.

Il s’appelle Farid Boukhari. Il a 31 ans et vit en France où il s’est installé depuis 1999, lorsque, sur un coup de tête, il décide de quitter son patelin de Draâ Ben Khedda pour tenter sa chance ailleurs, non pas pour gagner de l’argent mais pour une mission bien plus délicate : faire carrière dans les arts martiaux , un sport qu’il appréciait depuis sa tendre enfance lorsqu’il intégrai le club de karaté de sa localité mais par malchance, il ne pouvait aller plus loin pour la simple raison : absence de moyens.

Aujourd’hui, il a tout gagné ( sur le plan sportif bien sûr ). Farid Boukhari est revenu au pays de ses parents après sept longues années d’absence avec dans ses bagages un cadeau qui n’a pas de prix : le titre de champion du monde de full contact. Lorsque nous l’avions reçu dans notre bureau de Tizi Ouzou la semaine dernière, Farid avait les yeux brillants " cette coupe et cette ceinture mondiales sont le fruit d’un long et épineux parcours et ce trophée, je le dédie à tous les jeunes de mon pays ", nous confie d’emblée notre invité de marque entouré de ses cousins Khaled et Merzouk, qui ne le quittent pas d’une semelle. Avant de remporter ce titre suprême, notre champion a beaucoup galéré. Parti en France en 2000 avec comme seul bagage sa volonté, il ne doutait pas qu’il sera récompensé six ans plus tard dans un pays où les champions de sa trempe ne courent pas les rues surtout lorsqu’on est "un sans-papiers" deux années durant.

Cette situation au " noir ", le sympathique Farid l’a vécue jusqu’en 2002, année où les autorités de Nantes, à leur tête le maire, ont décidé de lui offrir la carte de séjour à leur star en guise de " récompense " suite à sa consécration comme champion de France. Sous l’impulsion de son entraîneur de toujours, Jean Ivoulé, qui l’avait initié au full contact, Farid réussit à monter les marches de la consécration à une vitesse incroyable. Une année à peine après s’être familiarisé avec ce sport, lui qui n’avait pratiqué en Algérie que le karaté, le jeune prodige kabyle s’offre son premier titre régional avant de confirmer sa suprématie huit fois de suite ; une performance qui lui a ouvert les portes de la consécration nationale avec quatre titres de champion de France de suite ( de 2002 à 2005 ) avant de flirter avec le niveau mondial en se classant huitième aux championnats du monde amateurs en Grèce ( 2005 ) et vainqueur la même année du tournoi international France –Espagne. Une année après, le 9 juin 2006 précisément, celui qui a toujours gardé sa nationalité algérienne malgré les différentes sollicitations de se naturaliser français, monte sur la plus haute marche du podium international de full contact. Ce jour-là, Farid Boukhari, ce " clandestin " qui rasait quelques années auparavant les murs de Nantes pour retrouver la salle d’entraînements, est fêté dans toutes les artères de la ville : il venait de décrocher le titre mondial du full contact dans la catégorie des mi-lourds en battant, le détenteur du titre le Franco-Congolais Francis Kitoko.

Quand un sans-papier devient l’icône de la Bretagne

" Quand je me rappelle que j’ai disputé des compétitions officielles en France alors que je n’avais même pas de papiers, je me dis que la volonté peut briser tous les obstacles et là je m’adresse à tous les jeunes de mon pays pour leur dire que lorsqu’on aime quelque chose, il faut persévérer car un jour ou l’autre on cueillera les fruits de son labeur ". Mais qu’est-ce qui le motive tant à faire carrière dans le sport alors que les jeunes de sa trempe ne rêvent que de remplir leurs poches en euros ? "Lorsque j’ai décidé de quitter mon pays en 1999, je n’avais qu’une seule idée en tête. Me faire un nom dans les arts martiaux. Aujourd’hui je suis doublement récompensé : d’abord en tant que Kabyle algérien et ensuite en tant que résident de la ville de Nantes, car si je ne peux oublier la bénédiction de mes chers parents, je ne peux aussi occulter tout ce que les citoyens de cette ville ont fait pour moi à commencer par le maire qui m’avait toujours encouragé".

Le nom de Boukhari est devenu aujourd’hui une " marque déposée " dans toute la Bretagne, cette région qui lui rappelle sa Kabylie natale. Il ne se passe pas un événement sans qu’on fasse appel à lui ; sa consécration revient comme l’un des plus grands exploits sportifs de la région relaté dans toute la presse locale au point où son portrait est reproduit dans le guide touristique de la ville de Nantes " le plus grand souvenir est lorsqu’on m’avait invité pour donner le coup d’envoi du match de football FC Nantes – Sochaux devant quarante mille personnes ". Farid n’a pas oublié de nous raconter un événement qui est resté gravé dans la tête " c’était lors d’un spectacle de sa grande star de la chanson kabyle Idir, à qui j’ai tendu le drapeau algérien que j’avais brandi lors de ma consécration au championnat du monde et sur lequel il m’avait fait un autographe que je garde jalousement ".
 

par Ali Chebli

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