246 000 élèves exclus annuellement

DEBAT SUR LE SYSTÈME SCOLAIRE À ORAN

LIBERTÉ 20/10/2007

246 000 élèves exclus annuellementLa déperdition scolaire en Algérie touche de plein fouet la population en âge de scolarité, soit un tiers en milieu urbain et le double en milieu rural, alors que les valeurs de l’école s’érodent de façon délétère. En termes chiffrés, cela donne 246 000 élèves qui quittent l’école chaque année sans perspective de formation pédagogique ou professionnelle.

Ce constat fait par Mme Nouria Remaoun-Benghabrit, sociologue, directrice du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) hier, à Oran lors d’un colloque ayant pour thème “Quelle école pour quelle société ?”, renseigne sur l’étendue de l’ampleur de la déliquescence de l’école algérienne. En présentant un bilan chiffré, la sociologue a surtout voulu démontrer le rôle de l’école dans ses dimensions pédagogique, éducatrice et distributrice de compétences à travers le passage du primaire au secondaire.

À ces chiffres s’ajoutent 10,95% d’élèves qui préfèrent quitter les bancs de l’école à cause de l’éloignement et 21,17% autres élèves le font sur la base d’une décision parentale. “Cette situation s’explique par le blocage du système scolaire né après 1970 et qui a enregistré une véritable hémorragie dans le corps enseignant”, souligne l’oratrice. Ce colloque organisé pour la première fois à Oran par les Débats d’El Watan aura permis de relever le caractère “gélatineux” de ce qui fut l’école d’après 1970. Aïssa Kadri, sociologue, professeur des universités Orléans/Tours et directeur de l’Institut Maghreb-Europe, aborde pour sa part, la problématique univoque du décalage-certification de la qualification de l’étudiant.

“Un nombre incalculable de chômeurs diplômés subissent le délitement du système de l’enseignement en Algérie à cause justement de l’absence d’un bilan d’évaluation, concocté le plus souvent en catimini par des politiques à l’aide de statistiques manipulées”, affirme le conférencier. À ses yeux, l’élaboration d’une charte de l’éducation nationale, la réorganisation des temps pédagogiques, la définition d’établissements scolaires-pilotes, l’agrégation de l’école par rapport aux besoins locaux, les cycles de reclyclage au bénéfice des enseignants sous formés sont autant de canevas qui plaident pour un renouveau de l’école algérienne. “Entre 1990 et 2000, la massification dévalorisante du système scolaire en Algérie a été à l’origine de la faille du système scolaire. Car il est le fait de la non-transparence et de l’intervention des bureaux d’études étrangers qui réfléchissent à notre place sur un système scolaire adapté conjoncturellement à notre système”, observe Aïssa Kadri. Déplorant le fait que seulement 30% d’élèves arrivent au baccalauréat, l’intervenant a rappelé le départ massif de 8 500 enseignants au lendemain de l’Indépendance.

Ces derniers, explique-t-il, ont choisi de partir après avoir refusé de s’aligner sur les mêmes droits de travail à l’instar des autres travailleurs. Autre fait marquant relevé par l’orateur a trait à l’admission des étudiants au sein des universités du pays. “L’université algérienne est confrontée au dilemme de l’origine sociale et non de la compétence qui prime dans l’orientation des étudiants dans les différentes filières”, ajoute le sociologue.

Ainsi, il apparaît que 80% des étudiants échouent lors de la première année de tronc commun et 60% terminent leurs études en sept ans au lieu de cinq. En 2006, 29 établissements habilités ont délivré 770 LMD licence-master-doctorat dont 612 académiques et 158 professionnelles contre seulement 328 licences dont 266 académiques et 52 professionnelles en 2007.
 

par K. REGUIEG-YSSAAD

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