A quand un monument pour Krim Belkacem ?

Il y a trente-sept ans, Le Lion des djebels fut assassiné à Frankfurt

  La Dépêche de Kabylie 27/10/2007

“ Belkacem a signé son premier acte de rébellion en tirant à bout portant sur un gendarme qu’il a blessé. Depuis ce 21 mars 1947, Belkacem est devenu pour l’administration coloniale un hors-la-loi et pour d’autres imenfi, en kabyle ”, a précisé M. Ali Krim.

Contrairement, au 19 mars qui est commémoré au niveau du musée portant son nom, la date anniversaire n’est pas célébrée comme il se doit. N’était-ce déplacement de quelques moudjahidine et des membres de sa famille à El Alia pour déposer une gerbe de fleurs sur sa tombe. Au niveau de sa région cette date est passée sous silence. Aucune activité n’a eu lieu à Tizra Aissa ni encore moins à Aït Yahia Moussa.

Pour cette commémoration, nous nous sommes déplacés au musée Krim-Belkacem. Nous avons été accueillis par Ali Krim, fils de son cousin et Omar Moussi, président de l’association. “ Les Amis de Krim Belkacem ”. Après une virée dans le lieu qui a vu naître un certain 14 décembre 1922, un enfant qui allait devenir l’un des artisans de la guerre de Libération nationale, puis un négociateur des accords d’Evian qui ont mis fin à l’une des guerres les plus sanglantes du vingtième siècle, nos hôtes chacun de son côté a étalé les problèmes qui entravent la reconnaissance d’un tel héros. “ Krim Belkacem n’est pas seulement un membre de la famille Krim. C’est un patrimoine de toute l’Algérie ”, commente-t-il.

Avant de nous raconter un épisode de sa lutte avant le déclenchement de la guerre. “ C’est à l’âge de cinq ans qu’il a quitté son village pour aller étudier à Alger chez un membre de la famille.
Il n’est revenu qu’à l’âge de dix-neuf ans au village. Après son service dans l’armée française où il a eu le grade de caporal-chef, il a été secrétaire à la mairie de Draâ El-Mizan ”. Et de continuer : “ C’est à ce niveau qu’il a mieux compris les mauvaises conditions et les mauvais traitements auxquels sont soumis ses concitoyens par l’administration coloniale. Alors, il a décidé d’adhérer au parti et a pu structurer beaucoup de jeunes de Draâ El-Mizan, de Tizi-Ghenniff, d’Aït Yahia Moussa et de Maâtkas. Il disait aux pauvres qu’un jour ce seront eux qui gouverneront ”. Notre interlocuteur s’arrête pour donner un détail important. “Après des discours politiques, Belkacem a proposé aux responsables du parti de passer à l’action. Ils ont fait la sourde oreille. Il a décidé d’acheter des armes avec l’argent de l’huile de leur huilerie. C’est au souk de Timezrit qu’il a acheté les premières armes”, a enchaîné Ali Krim en ajoutant “ à la fin de l’année 1946, il s’est réuni au lieu dit Tighilt : Bouvrid Amokrane avec quelques compagnons à qui il a signifié que seule la lutte armée était en mesure de mener à l’indépendance ”. Alors l’administration coloniale qui a eu vent de cette décision, a envoyé des gendarmes pour humilier ce jeune homme qui commençait à déranger. “ Belkacem a signé son premier acte de rébellion en tirant à bout portant sur un gendarme qu’il a blessé.

Depuis ce 21 mars 1947, Belkacem est devenu pour l’administration coloniale un hors-la-loi et pour d’autres imenfi, en kabyle”, a précisé M. Ali Krim qui s’étonne : “ Nous ne sommes pas touchés par ceux qui disent du mal après sa mort et pendant qu’il était en vie en le traitant d’Imenfi : mais nous sommes surtout surpris par l’absence de ses compagnons et de ceux qui l’ont nommé le Lion des djebels. Sinon, comment expliquer qu’après dix-sept ans, l’initiative prise pour la réalisation du monument au lieu dit Thighit Abrid Amokrane, ô combien symbolique est à l’abandon. Nous demandons à ce que les autorités locales le ministère des Moudjahidine et le président de la République d’intervenir pour sortir cet homme d’envergure internationale de l’oubli. En tout cas, l’homme oublie l’histoire ; mais l’histoire n’oublie jamais l’homme. J’ai personnellement interpellé l’ex-wali de Tizi-Ouzou, je ne ne sais pas s’il a fait quelque chose à ce sujet ou non ”. De son côté, Omar Moussi, président de l’association “ Les Amis de Krim Belkacem ” a déclaré. “nous demandons à l’association Tiwizi qui en 1989/1990 avec la participation des comités de village a collecté des fonds pour la réalisation du monument de donner le bilan pour voir où en sont les choses. Dix-sept ans après, le lieu est terrassé, puis grillagé, mais rien n’est lancé. Où est l’argent ?”, s’est-il demandé. Et de poursuivre : “ Ce monument est un objectif parmi tant d’autres. Le 19 mars prochain sera une autre étape dans notre lutte. Un colloque international sur la vie et le parcours de cet homme sera organisé. D’ores et déjà nous interpellons les autorités locales, le ministère des Moudjahidine, celui de la Culture ainsi que le premier homme du pays à contribuer chacun à son niveau pour la réussite de ce grand événement ”.  

par Amar Ouramdane

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