Béjaïa sous les eaux

Soixante millimètres de pluies en l’espace de trois heures

 El Watan 28/10/2007

Béjaïa sous les eaux
Des pluies exceptionnelles se sont abattues, hier matin, sur la ville de Béjaïa transformant les rues, en moins de deux heures et dans l’ahurissement général, en des lits d’oueds en crue.

La panique puis une sorte de chaos se sont emparées de la ville dont l’activité a été lourdement perturbée, voire carrément paralysée par moments. Ainsi, les écoliers, ceux qui ont pu rejoindre les bancs dès les premières heures de la journée, ont été renvoyés chez eux et les écoles sont restées fermées. Le transport urbain a été par ailleurs paralysé durant de longues heures, tant les accès sont restés impraticables ou occupés par les engins des travaux publics qui tentaient de les dégager de la vase composite qui s’était déposée. La tâche était tellement ardue que la direction des TP au niveau de la wilaya a dû appeler à la mobilisation de tous ses moyens au niveau des autres municipalités.
Une soixantaine de millimètres se seraient abattus sur la ville de 7h à 10h, selon le cabinet de la wilaya, précisions qui sont venues « rectifier » les 14 mm donnés par le service météo de l’aéroport Abane Ramdane et qui avait étonné plus d’un. L’on n’enregistre officiellement aucune perte humaine, fort heureusement, et les dégâts déplorés consistaient, jusqu’à hier dans l’après-midi, en l’évacuation de 13 familles du côté du quartier Plateau Amimoun, l’effondrement de deux murs de soutènement et des infiltrations d’eau un peu partout. Les trombes d’eau dévalant à partir des hauts quartiers de la ville arrivaient dans la plaine chargée de tout ce qui pouvait être charrié. Gravats, troncs d’arbres, pare-chocs de véhicules… La route du quartier Sidi Ahmed a été ainsi carrément décapée par la force des flots déposant les plaques de bitume arrachées vers l’aval. Les dalles en béton couvrant l’oued Salomon, cours d’eau prenant source sur les hauteurs du mont Gouraya, ont simplement été éjectées par la poussée des crues vers la cité Nacéria. Les riverains racontent avoir d’ailleurs assisté à une scène qui les a tout de suite fait penser aux inondations meurtrières du 10 novembre 2001, de Bab El Oued à Alger.
Plusieurs véhicules avec leurs occupants ont été en effet traînés sur plusieurs dizaines de mètres avant d’être serrés les uns contre les autres sur les trottoirs transformés littéralement en berges. Plusieurs commerces de la rue de la Liberté notamment ont enregistré des infiltrations d’eau qui auraient pu se muer en de véritables inondations des intérieurs si les précipitations avaient persisté avec la même intensité. Mais au-delà de la force des précipitations, ce sont bien entendu toutes les tares urbaines de la ville qui se sont révélées hier. Le système d’évacuation a montré en effet d’inquiétantes limites ; les bouches conçues pour absorber les eaux pluviales se sont mises simplement à recracher les eaux usées et les mêler à la crue. Bien plus, leur béance a été à l’origine de plusieurs accidents, heureusement sans gravité. Les oueds qui traversent la ville ont pratiquement tous débordé, alors que les éternels chantiers des amonts (Sidi Ahmed, Dar Nacer…) ont alimenté les eaux en tout-venant et autres détritus. La ville en fin de journée continuait à recevoir d’importantes précipitations et s’apprêtait à passer une nuit chargée d’angoisse.

 

par M. Slimani

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