Les pilotes s’inquiètent de l’état des avions affrétés

Le spla-air algérie tire la sonnette d’alarme

 LIBERTÉ 31/10/2007

Les pilotes s’inquiètent de l’état des avions affrétésLa flotte réduite de la compagnie nationale l’empêcherait de concurrencer les géants du transport aérien, à l’ouverture de l’espace aérien algérien, en 2009.

Le Syndicat des pilotes de ligne algériens (SPLA) a saisi l’occasion de la tenue de la conférence régionale de l’Ifalpa (Fédération internationale des pilotes de ligne) du 29 au 31 octobre courant à l’hôtel Mercure d’Alger pour contester, presque officiellement, la propension d’Air Algérie à affréter, à longueur d’année, depuis quelques mois, des avions étrangers avec leurs équipages, alors que le principe n’était appliqué que conjoncturellement lors de la saison estivale ou de pèlerinage vers les Lieux saints de l’Islam (c’est-à-dire aux périodes de grands mouvements de voyageurs).

Dans la dynamique de renouvellement de sa flotte, la compagnie aérienne a vendu la cinquantaine d’appareils, dont elle disposait, au motif de leur vieillesse et vétusté. D’ailleurs, le directeur général par intérim d’Air Algérie était tout fier de rappeler, lundi passé, que la compagnie a acquis en parallèle une trentaine d’avions, dont la moyenne d’âge ne dépasse pas quatre ans.

La réduction du nombre d’appareils a quelque peu pénalisé la compagnie nationale, qui a maintenu, selon nos interlocuteurs, toutes les destinations qu’elle desservait jusqu’alors, d’où son recours systématique à l’affrètement pour respecter un tant soit peu son planning.

Les pilotes de ligne d’Air Algérie ne sont pas satisfaits de cette politique qui coûte, d’une part, cher à la compagnie et les prive, de l’autre, personnellement d’heures de vol (comprendre autant de primes perdues). Pour l’heure, Air Algérie emploie environ 300 pilotes qui ne travaillent pas à plein régime.

Les syndicalistes du SPLA posent, en outre, la problématique de la fiabilité des avions loués, auprès de compagnies aériennes privées turques et de la qualification de leurs équipages. “Est-ce que ces pilotes sont réellement qualifiés et est-ce que les appareils répondent aux normes, puisque qu’il n’y a pas de contrôle”, a indiqué Karim Seghouane, vice-président du SPLA. Un de ses collègues a affirmé que les avions turcs sont des Airbus 310 plus vieux et en plus mauvais état que ceux vendus par Air Algérie, par souci de répondre aux normes de sécurité internationales. “Nous voulons être associés aux opérations d’affrètement ou du moins consultés sur leurs modalités”, exigent les pilotes de ligne, qui menacent d’initier des actions sur le terrain afin d’alerter l’opinion publique sur cette situation.

Ils anticipent sur les difficultés que rencontrera inévitablement Air Algérie, à l’horizon 2009, avec l’ouverture obligatoire de l’espace aérien algérien aux compagnies étrangères. Avec sa flotte réduite, le pavillon national ne saura pas concurrencer les géants mondiaux du transport aérien. “Il ne sera même plus possible de contrôler les vols domestiques”, nous dit-on. De fait, Air Algérie perdra non seulement son monopole sur certaines lignes, mais aussi de grosses parts de marché. Elle sera alors en difficultés financières, si l’on croit qu’elle ne génère déjà pas de grands bénéfices, selon les pilotes rencontrés à l’hôtel Mercure. D’autant que la compagnie algérienne subit une saignée de ses pilotes qui s’insurgent contre ce qu’ils qualifient de mauvaises conditions de travail et contre des salaires jugés bien bas comparativement à ce que touchent les pilotes de ligne en Tunisie et au Maroc, pour ne citer que ces deux pays voisins.

M. Nacer Boukhari, pilote syndicaliste UGTA, a déclaré à l’APS qu’“à ce rythme, l’Algérie va devenir un vivier de pilotes au profit de compagnies étrangères. Les pilotes algériens, formés à coup de devises à l’étranger, sont recrutés par les compagnies aériennes internationales qui offrent de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail”.

Une cinquantaine de ces aviateurs ont déjà abandonné leur poste à Air Algérie pour assumer des fonctions similaires, mais nettement mieux rémunérées dans des compagnies aériennes étrangères. Une centaine d’autres devraient suivre le même chemin, en 2008, si la direction de la compagnie nationale (la fonction du P-DG est d’ailleurs toujours assurée par un intérimaire depuis le décès de Tayeb Benouis au mois d’août dernier), ne trouve pas à un terrain d’entente avec son personnel naviguant qualifié.  

par Souhila Hammadi

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