La solidarité s’élargit

Poursuite de la grève de la faim des enseignants de tamazight

La Dépêche de Kabylie 03/11/2007

La grève de la faim des et enseignants contractuels de Tamazight de Bouira se poursuit toujours, en dépit du mépris de leur tutelle. Devant l’aggravation de la situation de ces grévistes, notamment de leur état de santé, l’élan du soutien et de solidarité ést leur seul soutien pour avoir la force de tenir ce combat. Déjà, une semaine passée, et la vie de ces protestataires, dépend juste d’eau et de sucre.

Observant une grève de la faim depuis le 27 octobre dernier, à l’entrée de la Maison de la Presse d’Alger afin de protester contre leur "licenciement abusif" par le ministère de l’Education nationale, ces personnes qui ont enseigné Tamazight durant plusieurs années, plus de cinq ans pour la plupart, ont vu leurs contrats de travail "unilatéralement" rompus par le ministère lors de la rentrée 2007-2008.

Devant la légitimité de leurs revendications et la sourde oreille des pouvoirs publics, le Congrès mondial amazigh, (CMA), organisation non gouvernementale de défense des intérêts du peuple amazigh, condamne cette " politique ethnocidaire " et " le mépris du droit fondamental des Amazighs d’Algérie de jouir de leur identité socioculturelle ". Il exprime, à cet effet, son total soutien aux grévistes de la faim et à l’ensemble des enseignants de langue amazighe " dont les contrats n’ont pas été renouvelés cette année ". Affirmant être aux côtés de tous les enseignants de tamazight, des enfants amazighs et du peuple amazigh d’Algérie, le CMA exige du gouvernement algérien : " La réintégration immédiate de tous les enseignants de tamazight licenciés et le règlement des salaires impayés, la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe conformément à la Constitution, la reconnaissance du statut de langue officielle pour la langue amazighe et sa promotion avec des moyens institutionnels et financiers au moins égaux à ceux alloués à la promotion de l’arabe, et enfin le respect par l’Etat algérien de ses engagements et ses obligations internationales en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales ". Par ailleurs, cette ONG dénonce " l’hypocrisie du gouvernement algérien qui consiste à multiplier les annonces de bonnes intentions en faveur de la langue et de la culture amazighes tout en pratiquant une réelle politique anti-amazighe ". " Le licenciement des enseignants de tamazight est particulièrement absurde car il se produit au moment où l’Algérie, après avoir reconnu le statut de langue nationale à tamazight, avait justement besoin d’un grand nombre d’enseignants de cette langue afin d’en généraliser l’enseignement comme le stipule clairement l’article 3 bis de la Constitution : tamazight est langue nationale ", ajoute la même source. Au lieu de créer de nouveaux postes afin de faire face aux besoins croissants de l’enseignement de tamazight, " le gouvernement a décidé de supprimer cette année plusieurs postes budgétaires, particulièrement dans la wilaya de Bouira qui fait partie de la région de Kabylie", souligne le CMA dans son communiqué de soutien. Et d’ajouter que " cela correspond visiblement à la stratégie du gouvernement arabiste d’Alger de réduire progressivement l’aire géographique de l’amazighophonie jusqu’à son extinction totale en Algérie ". A noter, également, le soutien ferme aux grévistes de leurs collègues enseignants titulaires de tamazight de Bouira qui se sont déplacés sur les lieux de la grève. Pour leur part, les délégués autochtones francophones actuellement au Haut Commissariat pour les droits de l’Homme à Genève pour une formation, tiennent à exprimer leur entière solidarité à ses grévistes de la faim et appellent les autorités algériennes à " agir dans le sens de la résolution de leur cas ". " C’est d’autant urgent que l’état de santé des grévistes, notamment des femmes, se dégrade sans que rien ne soit fait ", annoncent-ils dans un communiqué parvenu, hier à notre rédaction, ils rappellent que l’Algérie a approuvé, à l’Assemblée générale des Nations unies le 13 septembre dernier, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dont " il est stipulé le droit des peuples autochtones à jouir de leurs cultures, arts et langues et mentionne le devoir de l’Etat à les soutenir, les protéger et les promouvoir ".

Au moment où de nombreuses associations, partis et syndicats ont exprimé leur entière solidarité, la situation semble buter sur l'entêtement des pouvoirs publics à trouver une solution à ce problème. 

Alors ira-t-on vers un pourrissement de la situation? Rien n'indique malheureusement le contraire, à moins que Benbouzid revoie sa copie sur ordre du President comme il l'a si bien fait après " la douche de Sétif " durant laquelle l'inamovible ministre de l'Education a revu une de ses décisions liée à la réforme du système éducatif.
 

par N.Belbachir

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