Chasse aux grives : occupation ou gagne-pain ?

 Aït Yahia Moussa

Chasse aux grives : occupation ou gagne-pain ?

En l’absence de toute activité économique, les jeunes se livrent à tout. Si certains ont déjà sorti leurs tamis pour le sable, d’autres ont préparé leurs pièges. C’est le moment de la chasse.

Nous ne cesserons de le répéter : à Aït Yahia Moussa, une région où le chômage bat son plein, tous les moyens sont bons pour gagner quelques dinars. En l’absence de toute activité économique, les jeunes se livrent à tout. Si certains ont déjà sorti leurs tamis pour le sable, d’autres ont préparé leurs pièges. C’est le moment de la chasse. Avec les premières pluies, les oiseaux migrateurs en quête notamment d’olives sont arrivés. Depuis maintenant, une quinzaine de jours, les jeunes chômeurs placent leurs pièges. Chaque jour que Dieu fait, ils proposent aux automobilistes le produit de leur chasse : les grives. “Pour moi, c’est un moyen de gagner de l’argent. Ce n’est pas parce que je suis l’ennemi de la faune, mais c’est parce qu’il n’y a rien à faire dans ce bled. Il vaut mieux chasser ces oiseaux que d’aller voler”, nous a répondu un jeune à qui nous avons demandé de nous donner son avis sur l’importance de la faune dans notre vie. Tous les autres “chasseurs” comme lui, ont le même avis.

Du matin au soir, ces jeunes font toutes les forêts de la région bravant tous les dangers. Sur la RN 25 et le CW 128 reliant la région à Tizi Ouzou, nous avons fait la rencontre d’au moins une dizaine de jeunes qui exercent ce “métier” saisonnier. “Extraire du sable est interdit. Que faire pour gagner un peu d’argent ?” s’est interrogé l’un d’eux. Et de nous expliquer : “J’ai quitté l’école à la fin de la neuvième année. Depuis, je n’ai fait aucune formation. Au lieu de voler, je place des pièges en hiver et en été, je travaille dans les champs. Cette année, même nos oliveraies ne sont pas prolifiques. Alors, je vais au moins m’occuper à attraper des moineaux, des perdrix et des grives”, nous a dit un jeune âgé d’environ 18 ans. Sur les bords de ces routes, ces chasseurs occasionnels n’exigent pas des prix exorbitants en dépit de la difficulté de leur tâche car ils sont nombreux. “Si nous avions des emplois, ce ne sont pas les grives que nous allons vendre”, ajoute un autre intervenant. Ces petits chasseurs disent que les buissons sont leur territoire.

Interrogés sur les élections prochaines, ils n’ont même pas jugé utile de répondre. “Vous savez, on ne croit pas aux mensonges. Personne parmi tous ces candidats va changer notre quotidien”, a conclu un dernier intervenant qui nous propose deux grives capturées vivantes.
 

par Amar Ouramdane

La Dépêche de Kabylie 12/11/2007

 

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