Des députés veulent imposer la transcription de tamazight en caractères arabes

Ils ont déposé un projet de loi dans ce sens à l’APN

Des députés veulent imposer la transcription de tamazight en caractères arabes Les députés de l'Assemblée populaire nationale (APN) ont demandé la révision de l'article 34 du projet de loi d'orientation de l'éducation nationale en envisageant l'enseignement de tamazight à travers l’ensemble du territoire national en tant que langue nationale mais avec une transcription en caractères arabes.

Quand bien même est louable dans sa forme, cette initiative qui consistera à généraliser l’enseignement de la langue de Massinissa, il n'en demeure pas moins que son enseignement en transcription arabe n'est pas du tout partagé par la majorité des spécialistes et chercheurs.
Si les uns expriment leur préférence pour le caractère tifinagh, les autres sont favorables pour le caractère latin. Néanmoins le consensus le plus large établi entre la communauté des chercheurs toutes disciplines confondues, opte pour la latinisation de la transcription de tamazight, dans la mesure où ce choix est le seul à même de conférer une fonctionnalité aux plans scientifique, social, culturel et pédagogique à l’enseignement de cette langue millénaire.

Contactés, hier, par nos soins, les chercheurs et linguistes, Abdennour Abdesselam et Mouloud Lounaouci, ont exprimé leurs points de vue sur la proposition en question des députés. S’agissant de cette proposition d’amendement Abdennour Abdesselam, a eu cette réponse : « Je ne suis pas étonné que des députés militants de l’arabisation de tout l’environnement algérien reviennent, s’entêtent et persistent à nous imposer la graphique arabe pour transcrire notre langue berbère ». Il a cité, à ce sujet, l’exemple de Liban qui s’est tenue en réunion récemment regroupant d’éminents spécialistes de la langue arabe qui préparent une graphie latine adaptée à la langue arabe elle-même. « Un système de transcription ne se décrète pas et ne s’impose pas. Il est choisi sur la base d’arguments qui tiennent de la raison et de la logique scientifique, ce que nos aînés ont su bien faire et auquel nos enseignants assurent un heureux prolongement », a-t-il expliqué.

Interrogé sur l’existence d’a priori d’ordre politique ou idéologique dans l’utilisation de la transcription latine pour la promotion de tamazight, le linguiste, fera savoir qu’ « il n’y a aucun apriorité », car, soutient-il, « c’est une question de réalisme, de bon sens et d’héritage historique ». Dans ce sens, il dira que l’adaptation et l’application de la graphie latine pour la transcription de la langue berbère a connu des étapes de développement, d’études et d’ajustement qui ont abouti à une forme, aujourd’hui, « stable, adéquate et surtout renforcé par l’apport de l’outil informatique ». Et d’ajouter que « notez que depuis la plus haute antiquité, la graphie latine dans sa forme initiale et au fil de l’histoire s’est très fortement inspiré des caractères et signes berbères ». C’est donc, indiquera-t-il, plus un héritage d’expérience que « nous appliquons » mais aussi un héritage génétique que « nous revendiquons » de plein droit. Concernant les motivations des auteurs à l’origine des propositions en question, l’interlocuteur a fait savoir que « ces députés veulent utiliser la force de la loi pour faire redémarrer le rouleau compresseur désastreux de l’arabisation qui a tant et tant fait du mal à l’Algérie ». Pour lui, l’utilisation abusive de la langue arabe et de la graphie arabe est comme un instrument de dépersonnalisation et d’aliénation d’une civilisation. « Si la langue arabe pouvait parler elle les condamnerait sévèrement », a-t-il estimé. Il a également affirmé que « ce projet vise à nous atteindre dans notre liberté d’exploiter simplement un choix rationnel et cohérent d’un héritage séculaire ». Par ailleurs, le linguiste s’interroge si l’initiative des députés n’est pas une réponse au rapport accablant d’atteinte aux droits culturels et linguistiques des Berbères en Algérie déposé le mois dernier par le CMA devant l’instance des droits de l’Homme à l’ONU.

De son côté, M. Lounaouci a qualifié « d’idéologique » le choix de ce caractère graphique et de « pseudo-scientifique » les motivations des élus du peuples. « Il suffit de dire qu’il y a plusieurs langues dans le monde qui sont transcrites avec des caractères différents selon des contingences politiques », conclut-il.

 

par Nabila B.

La Dépêche de Kabylie 14/11/2007

Mis en ligne par le webmaster le 14 novembr



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