IL Y A 47 ANS, LES ACCORDS D’EVIAN ÉTAIENT SIGNÉS

Le silence des armes

La génération post-indépendance a peu d’information sur une date qui, pourtant, a ouvert la voie à l’indépendance de l’Algérie.

Le 19 mars, est le jour où les «Accords d’Evian» ont été rendus publics, même si l’opinion publique n’en retient aujourd’hui encore que son préambule qui proclame le cessez-le-feu en Algérie après près de huit années de guerre. Pour tous, il est aussi, sans doute surtout, la fin de la guerre et consacre les aspirations du peuple algérien à l’indépendance après la nuit coloniale qui dura 132 longues années.


Le 19 Mars est également, plus prosaïquement, la fête de la Victoire, induite par l’accord conclu le 18 mars 1962 à Evian entre les délégations du FLN-Gpra, conduite par Krim Belkacem, et celle de la France sous la direction de Louis Joxe (voir en encadré les noms des 10 Algériens et des 11 Français qui négocièrent la paix entre l’Algérie et la France).

Mais que de palabres et de tentatives avortées avant que la France n’admette enfin ce fait irréfragable: la perte de sa perle coloniale qu’a été l’Algérie, pour laquelle Paris a abandonné ses colonies africaines!


Le «19 Mars», est donc, en fait, un qualificatif impropre, produit par le lexique journalistique, et n’a pas de signifiant au point de vue juridique, d’autant plus que l’accord proprement dit entre la France et le FLN a été signé le 18 mars 1962 par les deux chefs des deux délégations MM.Krim et Joxe. Ceci pour les faits. Mais le 19 Mars reste néanmoins une date mineure dans les événements historiques qui ont marqué les deux pays.

Un non-événement


En France, pour une raison évidente, on ne fête pas une date qui célèbre une défaite, les autorités françaises l’ont passée par profits et pertes. En Algérie cela semble un peu plus compliqué. Aussi, curieusement, le «19 Mars» n’a fait la joie ni des Français, qui tentèrent surtout d’oublier qu’il y eut un 19 Mars dans leur calendrier historique, ni retenu l’attention des Algériens qui passèrent immédiatement à autre chose.


Des deux côtés des rives de la Grande Bleue, cette date, pourtant combien symbolique, qui imposa le silence aux armes, n’a pas fait l’unanimité et a été cachée comme un enfant bâtard duquel on a honte.


Les Français, notamment, durant de longues années butèrent sur la qualification à donner à cette guerre sans nom qui, pourtant, fit des centaines de milliers de morts en Algérie, en majorité des civils. Nous n’allons pas rouvrir ici la «guerre» des chiffres mais les pertes parmi les Algériens ont été énormes, disproportionnées.


Aussi, il appartient aux historiens de débroussailler ce chantier en jachère, rétablir les faits et redonner à la guerre d’Algérie toute sa dimension libératrice et historique. C’est seulement dans les années 90 que l’on commença, timidement, à célébrer la «Fête de la Victoire» en Algérie et il fallut attendre l’arrivée de Jacques Chirac à la tête de l’Etat français pour que la France reconnaisse le terme de «Guerre d’Algérie» sans laquelle il n’y aurait pas eu de 19 Mars.


Ainsi, le président français prononça pour la première fois en juin 1999 le mot «guerre» en parlant de ce que l’on qualifiait jusqu’ici «d’événements d’Algérie» ouvrant du coup la voie à l’histoire mémorielle, avec, en filigrane, le nécessaire devoir de mémoire attendu de la part des historiens, tant chez nous en Algérie, où l’Histoire a été la chose la moins bien partagée, qu’en France où certains mots écorchent toujours une sensibilité encore à vif.

Tout cela fait que le «19 Mars» - ou officiellement les «Accords d’Evian» - fut presque malvenu, mal perçu par les autorités des deux pays qui le négligèrent ne lui attachant que peu d’importance alors que ces «Accords» dits du 19 Mars mirent fin à une guerre de huit années, donnèrent naissance à un nouvel Etat, changèrent la géopolitique régionale maghrébine et méditerranéenne.


Beaucoup de non-dits et d’ombres subsistent cependant, car si la France reconnut le caractère de «guerre» à la lutte de Libération nationale algérienne, et même les actes criminels commis individuellement par les militaires français en Algérie, elle n’avoua jamais en revanche, les crimes (la répression organisée, les tortures, les déplacements de populations, ou encore les retombées néfastes des essais nucléaires dans le Sud algérien) commis par les militaires au nom de l’Etat français.


Donc le contentieux est loin d’être fermé et les plaies toujours ouvertes. Ainsi, il y a beaucoup à dire sur une date dont les autorités des deux rives doivent se dire ce qu’elles peuvent bien en faire.

Les «Marsiens»


Si en France, sous la pression des rapatriés d’Algérie, les autorités de Paris observent un profil bas, rien n’explique qu’à Alger cette date ne soit pas officialisée parmi celles qui marquèrent le long combat des Algériens pour leur indépendance. Mais, il n’y a pas que cela.


En Algérie, le 19 Mars, dont le sens est quasiment incompris par la génération post-indépendance, (un rapide sondage fait par des journalistes de L’Expression a montré que de nombreux jeunes ne savaient pas à quoi se rapportait cette date du calendrier révolutionnaire algérien) a aussi induit certaines dérives qui allaient imprégner l’avenir immédiat de l’Algérie et dont le pays souffre encore aujourd’hui.


Ce fut d’abord l’avènement des «Marsiens», cette génération spontanée surgie ex-nihilo de nulle part. Ça a été des jeunes entre 18 et 25 ans et même moins jeunes qui, au lendemain du cessez-le-feu, «montèrent» aux djebels pour en redescendre, quelques semaines plus tard, dans le sillage des moudjahidine labellisés «anciens moudjahidine», gonflant outre mesure le nombre réel des vrais moudjahidine qui sacrifièrent leur vie pour l’Algérie.


De fait, le juge Mellouk de Blida, rendu célèbre par sa lutte contre les «faux moudjahidine», consacra une partie de sa carrière à tenter de faire assainir les rangs des moudjahidine.


Il y eut ensuite, les évènements sanglants de l’après-juillet 1962 que l’ancien responsable de la Fédération de France du FLN, Mohamed Ali Haroun, a qualifiés dans un livre retentissant d’Eté de la discorde, quand la question de pouvoir fut réglée par les armes entre l’EMG (Etat-major général) et le Gpra (Gouvernement provisoire de la République algérienne, qui négocia avec la France le cessez-le-feu) avec le triomphe du premier nommé. Sans doute que cela est une autre histoire, mais reste néanmoins une des retombées immédiates du 19 Mars.


En fait, toute une oeuvre de réhabilitation de l’histoire - dont le 19 Mars est une partie importante - reste à faire pour rendre aux Algériens leurs repères historiques qui leur ont tant manqués au moment où ils avaient le plus besoin de s’en référer pour venir à bout de leur malaise identitaire.

Les Algériens et les Français qui négocièrent les accords d’évian

Délégation du FLN-GPRA

Krim Belkacem (chef de délégation)
Saâd Dahlab
Ahmed Boumendjel
Ahmed Francis
Taïeb Boulahrouf
Mohamed Seddik Benyahia
Seghir Mostefaï
Rédha Malek
Kaïd Ahmed (Commandant Slimane)
Ali Mendjli (Commandant)

Délégation française

Louis Joxe (chef de délégation)
Bernard Tricot
Roland Cadet
Yves Roland-Billecart
Claude Chayet
Bruno de Leusse
Vincent Labouret
Jean Simon (général)
Hubert de Seguins Pazzis (lieutenant-colonel)
Robert Buron
Jean de Broglie

 

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