L’école bloquée par ses étudiants


La révolte des polytechniciens

L’école Polytechnique d’Alger avait rendez-vous, hier, avec la révolte. Ni les étudiants ni les enseignants, encore moins les employés de l’administration, n’ont pu y accéder. Même la directrice a été empêchée d’y pénétrer. Les contestataires n’étaient autres que plusieurs dizaines d’étudiants de l’école qui voulaient ainsi manifester leur mécontentement envers l’administration. Il a fallu l’intervention des services de sécurité pour qu’enfin tout le monde qui attendait dehors puisse rentrer. Ce n’était pourtant pas l’annonce d’une accalmie.

Au contraire, les choses se sont envenimées et ont même failli dégénérer. Les raisons de la révolte concernent essentiellement les grands dysfonctionnements constatés par tous les polytechniciens depuis qu’il a été décidé de l’instauration de l’école préparatoire au sein même de l’ENSP. Une décision qui avait surpris plus d’un surtout qu’avant même le début de l’été, les responsables du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avaient ?????? Devant cette situation, la directrice, accompagnée par d’autres responsables de Polytech, s’est dirigée vers l’amphithéâtre 1A, improvisant sur place une réunion avec les protestataires. Ces derniers étaient d’abord des étudiants, ensuite ils ont été vite rejoints par les enseignants et même les employés de l’école. D’une simple réunion, la “rencontre” s’est transformée en un véritable tribunal contre les responsables de l’école. La directrice a pris la parole en premier, appelant au calme et essayant d’expliquer la situation aux centaines d’étudiants et d’enseignants en face d’elle. Concernant l’école préparatoire, elle dira que “dans le cadre de la solidarité nationale, il était impossible pour nous de refuser d’accueillir ces étudiants”. Un discours démagogique qui n’a convaincu personne dans l’amphithéâtre. Son “tout le monde aura constaté des améliorations d’année en année” fut suivi par un grand chahut à l’unisson : “Démission !” Par contre, les interventions des représentants des étudiants et des enseignants, pour expliquer la détérioration de l’école, ont été suivies par des applaudissements nourris.

Vers 13h, tel un pompier, le directeur de l'enseignement supérieur au ministère est venu essayer de calmer les esprits. Prenant la parole devant des centaines d’étudiants en ébullition, le représentant du département de Harraoubia s’est retrouvé à promettre de résoudre les problèmes en suspens, tout en appelant à la négociation au lieu de la confrontation. Un langage loin d’être nouveau, puisqu’en juin la directrice et lui-même préconisaient la même “action” pour calmer les enseignants. Des promesses qui finalement n’ont pas été suivies par du “concret” ; et au bout, la situation est devenue insoutenable pour tout le monde. Reste à résoudre le problème de l’instauration de l’école préparatoire dans l’école même. Tous les enseignants rencontrés sur place répétaient qu’ils ne sont aucunement contre, comme nous l’a affirmé le professeur Nabil Mammeri, membre du conseil syndical Cnes-ENSP. “Pourquoi ils veulent diviser les étudiants en deux catégories, ceux de l’école préparatoire avec tous les avantages qu’ils ont en termes de moyens et les autres qui sont totalement délaissés ?” Et d’ajouter : “À défaut d’améliorer le niveau qu’on garde au moins celui qu’on a, car il ne faut pas oublier que l’école polytechnique est l’une des deux ou trois seules universités du pays dont le diplôme d’ingénieur est reconnu à l’étranger sans équivalence.” Polytech risque même de retrouver l’ambiance d’hier dans les tout prochains jours.

LIBERTÉ

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