Faillite


L’Égypte nous a attaqués avec ses armes favorites : l’intimidation, l’intox, la provocation et la mise en scène. À nous de savoir anticiper et nous défendre. Or, c’est exactement là que réside la faillite. Totale, intégrale et impardonnable de nos dirigeants.

L’Algérie a perdu le match. Pas celui qui se jouera, ce soir, dans des conditions rocambolesques. Mais elle a perdu le match psychologique et politique. Là où il s’agissait de savoir si l’État algérien avait encore un tant soit peu de puissance au sein des institutions internationales.
L’Égypte s’en tire avec une remontrance dérisoire. La Fifa a été bluffée par l’Égypte, premier producteur arabe de cinéma. Le scénario du court métrage égyptien a fonctionné à merveille. Ils ont réussi à déstabiliser notre équipe, à susciter un climat de peur qui risque de tétaniser les joueurs, à ridiculiser nos ministres et nos institutions et à nous faire passer, aux yeux de la Fifa, pour des simulateurs.
Faut-il blâmer l’Égypte ? Oui, dans le sens où elle a fourni l’exemple d’un pays moralement étriqué et culturellement sous-développé. Non, dans le sens où l’Égypte nous a attaqués avec ses armes favorites : l’intimidation, l’intox, la provocation et la mise en scène. À nous de savoir anticiper et nous défendre.
Or, c’est exactement là que réside la faillite. Totale, intégrale et impardonnable de nos dirigeants. Fallait-il éviter de tomber dans le piège de la provocation ? Certes, oui. Mais il fallait montrer ses muscles en pareilles circonstances, démontrer à la nation qu’on pouvait compter sur un État protecteur et sécurisant, en premier lieu les joueurs, dont la détresse psychologique est inquiétante pour ce soir.

Les propos à chaud du ministre des Sports sont inacceptables pour tous les Algériens. Il ne s’agit pas d’un “acte isolé” (il suffit de le demander aux joueurs), ni d’exprimer de “profonds regrets”. Il ne s’agissait pas de se substituer aux Égyptiens pour parler au nom des Égyptiens. La défaillance des représentants de l’Algérie sur place est évidente. Ils n’avaient pas à nous servir la creuse et futile rengaine de “l’amitié arabe”, alors que le sang de nos joueurs a coulé. La faillite de la communication algérienne est telle que l’ENTV faisait du réchauffé, alors que les Égyptiens faisaient du direct et la voix de l’Algérien était inaudible sur toutes les chaÎnes arabes. Enfin, le manque d’anticipation de la FAF, dépassée par les événements et qui a mesuré toute l’étendue de son insignifiance au sein de la Fifa et de la CAF.

Messieurs, qu’on perde ou qu’on gagne, pour le bien de nos nerfs. Tirez les conclusions de votre échec. En n’oubliant pas un artiste du nom de Khaled qui, alors que les Algériens se font caillasser comme le diable à La Mecque, monte sur scène avec le drapeau égyptien, deux jours après avoir chanté pour les Marocains sur les terres de Layoune sahraouie occupée.

Messieurs, la coupe est pleine. Prenez vos responsabilités. Pour le bien de la collectivité, admettez que vous n’avez pas été à la hauteur d’une situation tragique. L’Algérie du nif, de la bravoure, de la fierté nationale, l’Algérie des martyrs et des sacrifices, l’Algérie de ceux qui vont, ce soir, se défoncer seuls sur un terrain de football pour nous donner de la joie, vous le demande.

LIBERTÉ

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