Les dessous de la guerre aux prostituées

Tichy sea, sun but no sex
Tichy sea, sun but no sexVengeance familiale et jalousie pour les uns. Affaire de gros sous pour les autres. La petite ville côtière de Tichy a connu dans la nuit du 5 mai des actes de dégradation de la part d’une partie de la population contre ses huit complexes hôteliers accusés de favoriser le tourisme sexuel.

A la veille de la saison estivale, la polémique tombe mal.

Costume bleu nuit, chemise blanche sans cravate, grosse chevalière en or à l’annulaire gauche et mèche de cheveux rabattue sur le côté pour camoufler une calvitie naissante. Hocine Mersel, 65 ans, est le propriétaire de plusieurs biens immobiliers, dont l’hôtel Villa d’Est à Tichy. Il est l’un des hommes les plus riches et les plus influents de la ville. Les plus craints aussi. Hocine Mersel a la réputation d’avoir le bras long et une bonne partie des personnalités importantes de la région dans sa poche. Dans la nuit du 5 mai, son établissement et sept autres ont subi un caillassage et des dégradations de la part d’un petit groupe d’assaillants, lors de la manifestation des Tichiotes qui protestaient contre l’insécurité et la débauche qui se seraient emparées de leur ville.

D’un revers de la main, il balaie les accusations, jure que ce ne sont que des ragots et qu’il n’y a jamais eu de prostitution dans son hôtel. Il reconnaît à demi-mot que la Villa d’Est loue des chambres à huit filles. «Je suis le seul à avoir établi un règlement intérieur. Les filles savent que si elles font monter un client dans leur chambre, elles sont immédiatement renvoyées. Leurs fiches ont été transmises à la police et elles n’ont le droit de fréquenter que la discothèque. Ce qu’elles font en dehors de mon établissement ne me regarde pas», déclare-t-il.

Business des nuits tichiotes

Ces incidents, très vite interprétés par la presse comme un retour à l’ordre moral dans une ville connue pour sa tolérance, ne seraient en fait, d’après lui, qu’un règlement de comptes familial. «Ma famille me jalouse, elle ne supporte pas que l’orphelin que je suis, qui dormait dehors près des ordures, ait bâti une fortune en partant de rien. Ils me détestent malgré tout ce que j’ai fait pour eux et pour cette ville. Quoi que je fasse, on me critique. J’ai d’ailleurs reconnu parmi les caillasseurs un membre de ma famille», affirme-t-il encore. Une allégation reprise par le propriétaire d’un autre hôtel ayant fait, lui aussi, l’objet d’une tentative de caillassage et qui, sous couvert d’anonymat, affirme que «le mouvement de protestation est à mettre sur le compte de certains commerçants qui ne supportent pas de ne pas profiter de l’extraordinaire manne financière que représente le business des nuits tichiotes. Ils essaient d’enrober le tout sous le couvert de la morale, mais en réalité, c’est une question de rentabilité. Il y a un énorme gâteau à partager et ils râlent parce qu’ils n’en profitent pas. Beaucoup parmi ceux qui ont manifesté contre nous louent à prix d’or leurs appartements aux filles et savent très bien à quoi sont destinés ces appartements», souligne-t-il.

Haro sur le tourisme sexuel

Toutes ces accusations sont rejetées en bloc par le collectif des habitants de Tichy, initiateur de l’action du 5 mai et qui demande depuis longtemps la fin du tourisme sexuel que connaîtrait la ville. «Ce n’est pas notre première action. Je rappelle que la première a eu lieu en 1993 et a coûté quatre jours de prison à quatre manifestants. En revanche, c’est la plus médiatique parce que certains médias ont affirmé que notre démarche était téléguidée par des religieux. C’est absolument faux. Nous ne sommes pas contre les hôtels ou les débits de boissons. Nous nous élevons contre ce tourisme que nous ne voulons plus voir dans notre ville, déclare Walid, 33 ans, architecte installé à son compte.

A Tichy, il y a toujours eu des filles et de l’alcool. La ville est connue pour sa tolérance. Mais jusqu’à récemment, tout se passait dans les boîtes de nuit ou dans les chambres d’hôtel, à l’abri des regards. Aujourd’hui, le phénomène a débordé dans les rues et ça, les Tichiotes ne le supportent plus et ne le veulent plus. Nous voulons le retour d’un tourisme familial à Tichy.» Depuis les incidents, la Villa d’Est et tous les autres établissements connaissent une très importante baisse de fréquentation. Les filles qui venaient en discothèque et attiraient de nombreux clients sont parties vers la ville de Boulimat, à 30 km de Tichy, où elles ont été priées de se faire plus discrètes en attendant que les choses se calment. Certaines familles voient d’un très mauvais œil les mariages entre les nouvelles filles qui s’installent en ville avec les enfants de la commune. D’autres condamnent les reconnaissances de paternité qui sont faites par certains jeunes contre de l’argent.

Arme à feu

«Les filles, quand elles accouchent et pour établir des papiers à leur enfant, offrent jusqu’à 50 000 DA à un jeune pour signer un document dans lequel il affirme être le père de l’enfant et lui donne son nom. Cette situation est très mal vécue par les familles», souligne un habitant de la ville. «Ceux qui ont fait ça affirment qu’ils veulent nettoyer la ville alors que c’est faux. Ils le font par jalousie. Ils ne supportent pas notre réussite», insiste Hocine Mersel au bord de la crise de nerfs, qui relate dans les moindres détails la nuit mouvementée qu’il a vécue au milieu de ses clients. Et au cours de laquelle il a fait usage de son arme à feu pour enrayer la tentative d’effraction de la Villa d’Est. «Ils ont d’abord fermé la RN9, puis un petit groupe a décidé de saccager les huit hôtels de la ville. Ils ont commencé par l’hôtel Beau Rivage puis ils s’en sont pris aux autres. Arrivés devant mon établissement, ils se sont mis d’abord à me traiter de “fils de chienne’’ avant de caillasser les baies vitrées qui ont volé en éclats. Il a fallu qu’on emmène les clients présents dans les cuisines pour les protéger, puis ils ont essayé de pénétrer à l’intérieur de l’établissement en forçant la porte à l’aide de barres de fer. A ce moment-là, j’ai sorti mon arme et j’ai tiré en l’air. Ça les a calmés.»

Personnage pittoresque, analphabète né sur les hauteurs de Maâden, un petit village qui surplombe son établissement hôtelier, patriote dans les années 1990, self made man, Hocine Mersel énumère toutes les réalisations que la ville et ses habitants lui doivent. Regard en biais, doigt accusateur, il se lève plusieurs fois de sa chaise quand il s’emporte ou pour citer le nom de quelqu’un qui lui veut du mal. Entreprend de compter à voix haute les tables vides devant le regard interloqué des rares clients, interpelle un serveur, rabroue une fille en bustier bleu qui s’approche de la table et par peur tourne les talons. Décide de nous emmener voir les preuves de la violence de l’attaque et nous fait traverser les cuisines au pas de charge pour se rendre dans l’extension qu’il est en train de construire pour agrandir son hôtel.

Etat responsable

Là, dans une immense pièce, restent les baies vitrées éclatées. «Regardez ce qu’ils ont fait. C’est pourtant des doubles fenêtres, mais elles n’ont pas résisté à la violence des jets de pierres.» Face à cette situation explosive, la wilaya de Béjaïa a décidé de réagir et émis des arrêtés de fermeture à l’encontre de sept discothèques, à l’exception de celle de l’hôtel Syphax, pour non-conformité. Ces arrêtés ont été annulés une semaine plus tard. Les propriétaires s’étant engagés auprès des autorités à entreprendre les travaux nécessaires pour se mettre en conformité. Hamid Aïssani, président d’APC de Tichy depuis 2002 sous l’étiquette FFS, dit comprendre la réaction de la population, mais condamne les débordements qui ont eu lieu.

Pour lui, l’Etat a une grande part de responsabilité dans ce qui s’est passé. Il se demande si le laxisme manifesté par les forces de l’ordre lors de la nuit du 5 mai n’était pas voulu. «Quand je vois une dizaine de personnes bloquer la RN 9, sans qu’elles soient inquiétées par les forces de l’ordre, je suis en droit de me poser des questions sur l’absence de l’Etat sur le terrain…» Reste que pour une ville qui vit en grande partie grâce au tourisme, la saison estivale risque de connaître des ratés. «Les estivants venaient ici pour passer des vacances en toute quiétude, témoigne un hôtelier de la ville. Avec la mauvaise publicité que vient de connaître la ville, il y a des chances que certains préféreront aller se reposer ailleurs…»

Bordj Bou Arréridj : El Gourbi fermé pour une histoire «d’horaire»

Pour un fallacieux alibi, «non-respect d’horaire de fermeture», ni indiqué ni précisé dans un document administratif, le bar-restaurant de l’hôtel Gourbi de Aïn Taghrout (chef-lieu de daïra à 30 km de Bordj Bou Arréridj) est, sur une décision du wali de BBA, fermé depuis le 3 mars. Afin de connaître les raisons exactes de cette décision, Saïd B., le propriétaire de l’établissement, a saisi, par quatre courriers, l’ex-wali. En face : silence radio, y compris de l’actuel wali.

En l’absence de réponse, le propriétaire de l’hôtel voit son investissement de plus de 250 millions de dinars partir en fumée. Mais il prend son mal en patience et se tourne vers le ministre de l’Intérieur et vers le premier responsable du secteur du tourisme. Là encore, pas de réponse. La situation de l’établissement et de ses vingt-trois travailleurs au chômage forcé n’intéresse apparemment personne.

Réalisé dans le cadre de la promotion des investissements, l’établissement ne cesse, depuis la fameuse expédition punitive déclenchée à la mi-journée du 14 juillet 2001 par des jeunes de la localité (voir El Watan n° 3240 du samedi 4 août 2001) qui l’ont incendié, d’attirer les foudres de certains. «Pour m’obliger à ne plus offrir de boissons alcoolisées à mes clients, on veut m’avoir à l’usure. Avec une telle démarche, on cherche ni plus ni moins que ma faillite.

La fermeture de l’établissement situé à la sortie de la ville n’est, qu’on le veuille ou non, basée sur aucun motif valable. D’autant que cette histoire de cabaret n’existe que dans l’esprit de certaines personnes. Lesquelles n’ont certainement pas admis la décision de justice du 6 octobre 2003 me donnant droit à des dommages pour les dégâts occasionnés à mon établissement lors de l’attaque du 14 juillet 2001. Dans des buts inavoués et pour mettre à sac un investissement, résultat de plus de 35 ans d’exil, on utilise ce genre de ficelles et subterfuges», accuse non sans une certaine amertume le vieux Saïd B., qui n’entend pas lâcher prise.


EL WATAN

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