Ils sont venus de plusieurs villes du nord de la France


Rencontre avec des militants du PPA à Lille

Rencontre avec des militants du PPA à LilleIls sont encore nombreux en Algérie et à l’étranger, singulièrement en France. Réduits par la force de l’Histoire de continuer d’exister dans la discrétion, ils n’en restent pas moins fidèles aux idéaux du PPA et à son chef historique, Sid El-Hadj.

Ce 29 décembre 2012 est un jour bien  particulier pour un petit groupe de ces militants du PPA de la région du nord de la France. Un peu comme au temps de la clandestinité du combat en France, dans les années 40 et 50, ils se sont retrouvés à Lille. Le temps d’une rencontre conviviale et amicale à l’initiative de ammi Ali, un des ultimes compagnons de combat de Messali Hadj.

Ils sont au nombre de treize à être à ce rendez-vous dans une ambiance toute algérienne pour revisiter l’histoire du mouvement national et sa colonne vertébrale, le PPA : Aït Si Ali Arezki, Abdou Chabane, Drisi Lhadj M’barek, Belabid Ouamer, Krim Aïssa, Benafla, Ali Salhi Tayeb, Mohamed Bougrioua, Semouri Mohamed, Drici Mohamed, Ferrag Bachir, Fillali Abdallah, Boufatou Riah. Ils sont originaires de différents régions d’Algérie. De Tlemcen, d’Alger, de Kabylie, de Chlef, de M’sila, de Jijel.

Une répartition géographique qui nous renvoie à l’ancrage national qu’avait alors le PPA. Chacun de ces militants, rassemblés ce jour-là par ammi Ali, a un long parcours militant et une histoire personnelle qui se conjuguent intimement avec la geste du parti. À travers les témoignages de ces militants, rapportés souvent avec émotion, lucidité, c’est toute une partie de la grande épopée du PPA qui est déclinée au présent. Réunions clandestines, cotisation, collage d’affiches, distribution de tracts, travail de propagande, mais aussi récits des maquis (en Algérie pour d’autres)… Autant de hauts faits que ces militants du nord de la France avaient accomplis pendant les années de feu en ayant bien conscience de servir l’Algérie et de se battre pour son Indépendance. Car pour eux, les choses étaient on ne peut plus claires : sans le PPA, pas d’indépendance de l’Algérie. “Le FLN, il est issu d’où ? Les six, qui ont déclenché la Révolution, étaient des militants du PPA, avant la scission.”

Un propos qui revient comme un leitmotiv dans la bouche de ces militants eux-mêmes “prêts pour la Révolution” et qu’ils “étaient convaincus que le PPA allait la déclencher, considérant que son avènement était inéluctable”. Et quand bien même l’étincelle du 1er Novembre fut le fait du FLN, ces militants du PPA ont à cœur, aujourd’hui, de rafraîchir les mémoires amnésiques et rappeler l’appel du 4 novembre 1954 de Messali Hadj exhortant les troupes du PPA, tant en Algérie qu’à l’étranger, à soutenir cette révolution. Rappel qui a aussi valeur de démenti contre l’idée toute faite, selon laquelle le père fondateur du nationalisme algérien ne voulait pas d’une action armée qui ne fut pas sous son autorité exclusive. Ces militants, qui restent plus que jamais fidèles au PPA tout en continuant à vouer un respect révérencieux à Sid El-Hadj, tout en revendiquant leur part du combat, rappellent aussi leurs martyrs et leurs batailles. Par exemple, celle de Zemra du 26 mai 1956 et ses 134 chahids appartenant au MNA. Mais cinquante ans après l’Indépendance du pays, ils portent un regard serein sur l’histoire de la Révolution en assumant sans détour ses ruptures politiques et ses déchirements fratricides entre le FLN et le MNA. “Ils ont fait, on a fait, il ne s’agit pas aujourd’hui de refaire l’histoire ; des luttes fratricides il y en a eu, mais il faut les dépasser. Ce qu’on souhaite aujourd’hui, c’est la réconciliation nationale pour construire l’Algérie”, prône, pour sa part,  Ali Agouni qui, malgré le poids des ans, garde toujours intacte cette conviction, cette flamme militante qui brûle en lui depuis le jour où il avait rejoint, alors jeune militant dans la région de Rouiba, Messali Hadj. Belabid Ouamer partage aussi, comme d’autres militants partagent pleinement l’idée de reconciliation nationale. “Mais pas comme celle que vient de sceller Bouteflika avec les islamistes car, rectifie-il, dans ce cas, il s’agit d’une sorte d’amnistie pour les terroristes qui ont pris les armes contre leur propre peuple. Nous, on veut une reconnaissance du PPA, de son combat, de ses militants, de ses martyrs.” Belabid Ouamer se félicite que “les jeunes commencent à prendre conscience en cherchant la vérité sur l’histoire de la Révolution algérienne”. Il est partisan d’un débat public contradictoire où les acteurs encore en vie, d’un côté comme de l’autre, disent ce qu’ils ont à dire. Puis de laisser l’histoire aux spécialistes.

Le mot de la fin de cette rencontre, achevée le lendemain autour d’un couscous algérien, revient à Ali Agouni, ammi Ali qui veut croire à une reconnaissance du PPA. C’est sa raison. C’est l’ultime bataille pour conclure son parcours de militant. “Ce qu’on souhaite, c’est la réconciliation historique nationale. Ce que nous demandons, c’est la reconnaissance du PPA, il doit avoir sa place dans l’échiquier politique algérien.”

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