"Moi, Brutus Belkhadem"

Vingt-quatre heures après sa mise à l'écart, on phosphorait beaucoup dans les salles de rédaction et dans les états-majors politiques pour lever le secret qui a conduit le Président Bouteflika à prendre cette décision extrême contre Belkhadem un proche parmi les proches l'ayant entouré durant trois mandats successifs.

Les téléphones des responsables et des journalistes ont chauffé des heures durant, en vain, à la recherche des «vrais chefs d'inculpation» comme l'on dirait dans le jargon judiciaire, pour expliquer cette sentence qui a tout l'air d'une exécution.

L'effet d'annonce a laissé place à plus de profondeur dans l'analyse. On se lance dans l'investigation, on élimine des pistes et on en retient d'autres. D'abord, la première, à savoir celle qui mardi présentait en apparence toutes les raisons pour crier au crime de lèse-majesté: celui de voir cet «insolent» ministre d'Etat côte à côte avec les pires opposants au Président Bouteflika. En première ligne, on le voyait s'afficher comme sur une ligne de départ en attendant le coup de sifflet avec les pires contradicteurs du chef de l'Etat. Connus et estampillés comme tels, ses opposants de toujours, Benflis, Sid Ahmed Ghozali, Hamrouche, Benbitour, etc...
De s'être mêlé - imprudemment ou volontairement - à cette frange politique suffisait-il, en ce moment de recueillement à la mémoire des martyrs de Ghaza, pour l'excommunier comme un lépreux de la famille politique qui était encore la sienne? Voilà l'Histoire qui revient au galop pour nous rappeler la célèbre phrase de César «Toi aussi, Brutus!».

Face aux théories complotistes des uns et des autres, il va bien falloir que la vérité sur cette sombre affaire finisse par éclater un jour parce que les Algériens ont le droit et le devoir de tout savoir sur ces menées florentines et pourquoi les poignards ont été sortis de leurs fourreaux.
Irrecevable aussi cette thèse conspirationniste avant l'heure et sur laquelle on a voulu broder avec son interview à la télévision Al Bilad. On a prétendu, avec légèreté, que Belkhadem est politiquement un «mal élevé» et qu'il a lâché sur la place publique les confidences du Président avec d'autres dirigeants. En un mot, il a failli aux règles de bienséance et à la culture de l'Etat. Celle de l'omerta. Surtout concernant un sujet aussi sensible que celui de l'avenir du FLN avec ou sans Saâdani.
A-t-il oublié, à ce point, que la RADP est le royaume du culte du secret?
Qu'a-t-il donc fait de si grave ce ministre d'Etat, haut dignitaire du régime pour qui les allées du pouvoir qu'il a tant foulées jusqu'à user ses chaussures, pour se voir chassé comme un vulgaire mendiant le soir des agapes du roi?

Qu'a-t-il commis de si grave? Ceux qui le connaissent peuvent affirmer sans l'once d'un doute que même sous la torture, Belkhadem n'avouera jamais son...crime. Ses amis ou ceux qui lui restent, pour quelques heures encore, très proches, affirment qu'ils sont plusieurs à lui avoir savonné la planche. Voilà en résumé ce qui arrive à ceux qui parlent trop... Obnubilé par son idée de reconquérir le parti FLN, il a fini par jouer au «sniper» en tirant sur tout ce qui bouge, sur tout le monde, sur les proches du Président et aussi en allant jusqu'à sceller des alliances hérétiques. Ne se préparait-il pas à prendre d'assaut cette citadelle du vieux parti pour mieux s'ouvrir un vrai boulevard lors de la prochaine échéance présidentielle qui, à ses yeux, pourrait survenir à tout moment? L'accusation est là. Bien notée par le greffier. Belkhadem ne peut plus revenir en arrière puisqu'il a cassé la marche arrière dans sa boite de vitesses. La facture de la trahison est vite arrivée. Et elle est trop salée... De plus, depuis longtemps, les leaders d'opinion (partis et médias) ont jeté leur dévolu sur le cas Belkhadem. Son heure est arrivée. On voulait lui faire la peau. Et l'on a admirablement réussi. Mais après?

«Un changement en prépare un autre.» C'est de Machiavel. Une telle option ne relève pas de l'impensable. C'est peut-être là que réside en fin de compte tout le secret de cette tragédie shakespearienne.

l'Expression 

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