DES TUNISIENS EN COLÈRE FERMENT DEUX POSTES FRONTALIERS

Sociologues à vos méninges!

DES TUNISIENS EN COLÈRE FERMENT DEUX POSTES FRONTALIERS«L'habitude est une seconde nature» dit l'adage. A force de faire les choses, il est normal que celles-ci finissent par faire partie de notre comportement et même par intégrer notre culture.

Il est de notoriété générale que la faiblesse de l'Etat, chez nous, est chose réelle, qu'elle date d'assez longtemps et que, face à cette faiblesse, certains citoyens ont trouvé les moyens adéquats pour exprimer leurs revendications et obliger différents gouvernements à céder à leurs doléances. Cela avait commencé, on ne sait plus quand. On sait seulement que cela fait longtemps. Très longtemps. Lorsque des citoyens avaient décidé de passer à l'acte pour mettre la pression sur les autorités locales et nationales. Ceux qui voulaient des logements et considéraient qu'ils avaient le droit d'en obtenir, s'étaient mis, à cette période, à brûler les pneus et à fermer la route à la circulation. L'Etat, pris de panique, manifestait alors une diligence incroyable à réagir et à satisfaire les revendications de ces individus ou ces groupes.

Satisfaction sur commande
Une dechra n'a pas d'eau? On brûle les pneus en pleine route nationale et voilà que les responsables locaux arrivent, discutent, approuvent, se tapent le front comme pour se punir d'avoir oublié ce pan de la population et la conduite arrive illico-presto pour alimenter ladite dechra en eau potable. Un douar n'a pas d'électricité? On ferme la route à la circulation, on pollue le ciel avec la fumée de quelques pneus usés et voilà les autorités qui pointent du nez, les promesses les premières. Quelques jours après, l'électricité arrive effectivement sous les applaudissements de la presse et, surtout, de la Télévision nationale. Il y a eu beaucoup d'accidents dans le quartier? Les habitants se fâchent, ferment la route à la circulation et exigent de parler aux responsables locaux. Ces derniers arrivent presque en courant. Ils leur demandent des dos-d'âne (oui, oui ça se demande aussi!) devant leurs portes. Le soleil n'a pas disparu que des dos-d'âne bien noirs et bien hauts (pour faire plaisir aux citoyens revendicateurs) sont déjà en place.
Les revendications évoluent et les manières de faire pression sur l'Etat aussi. C'est ainsi que, dernièrement, certains citoyens ont dû fermer un... barrage, le barrage de Tichi Haf ce qui a, il faut le souligner, étonné plus d'un. Il ne fait pas de doute qu'un jour, d'autres éteindront l'électricité et que celui qui pourra fermer le robinet de l'oxygène dans l'air, c'est sûr qu'il gagnera le gros lot parce que, dans cette épreuve de force, dans ce jeu, totalement absurde et insensé, l'habitude est devenue une culture. Des deux côtés de la barrière. D'un côté, et c'est tout à fait normal, les groupes, tout comme les individus, ont tendance à répéter les actions qui leur apportent satisfaction.
De l'autre côté, un Etat qui, à force d'opter pour la réaction, a vite oublié qu'il y a mieux, qu'il y a l'action et que le rôle premier des gouvernements dans ce monde c'est d'agir pour réaliser les objectifs qu'on annonce si fièrement pourtant aux gens. Chez nous, les gouvernement préfèrent agir en pompiers. Après le feu!
Cette culture qui n'est pas nôtre a fait malheureusement tout le chemin à cause d'une seule chose: la faiblesse de l'Etat. Une faiblesse qui fait qu'il n'y ait jamais eu une quelconque sanction à l'encontre de ces brûleurs de pneus, coupeurs de routes, coupeurs d'eau et le reste viendra!

Faiblesse de l'Etat
Peut-on se targuer, en effet, d'avoir un Etat fort lorsque quiconque peut dicter sa loi à... l'Etat lui-même? On a vu comment les commerçants avaient boudé les orientations du ministère du Commerce pour les journées de l'Aïd et on les y reprendra certainement. On a vu comment les commerçants à la sauvette ont fini par reprendre les trottoirs alors que l'Etat a dû renoncer à ses lois. Même les «parkingueurs», ces enfants munis de bâtons qui vous obligent à payer un stationnement sur la voie publique, ont fini par imposer leur existence à l'Etat alors qu'ils sont l'attestation vivante de la forme la plus répugnante de la déliquescence de l'Etat.
La paix sociale est trop coûteuse à notre avis car pour obtenir cette paix-là, il a fallu rester figé et ne rien faire. Ne punir personne, ne réprimander personne, faire ce que les gens demandent, comme ils le demandent et quand ils le demandent. Ceci permet de gagner du temps dans la vision de ceux qui conseillent là-haut. Malheureusement, ceci a aussi donné des idées et des ailes à d'autres et les jours gagnés par le pouvoir reviennent trop cher au peuple. Le chaos est en train de s'installer chez nous. Quiconque fait ce qui lui plaît et sans crainte car l'Etat ne sanctionne pas. L'impunité est érigée en valeur suprême de ce pouvoir.
Les lois de la nature nous ont appris que les techniques efficaces ont la particularité de se propager plus rapidement que la lumière. On vient de le vérifier, encore une fois, ce jeudi à la frontière algéro-tunisienne lorsque, pour rouspéter contre une décision de l'Etat algérien, des habitants de Tabarka avaient décidé de faire usage des mêmes techniques. C'est pour mettre un terme au trafic de carburant à la frontière est du pays que le gouvernement a pris la décision de soumettre les véhicules tunisiens concernés (des fourgons essentiellement) à une autorisation officielle leur permettant d'entrer sur le territoire algérien et y faire le plein de carburant. Fortement touchés par cette décision qui demeure, rappelons-le, la décision d'un pays souverain, sur son propre territoire, les concernés ont exprimé leur refus de la manière la plus inattendue qui soit. «Des centaines d'habitants de la région de Tabarka et des bourgades périphériques, mécontents de cette mesure, ont décidé de barricader la route menant vers la Tunisie avec des pneus enflammés, des troncs d'arbres coupés et des pierres.» (Nouvelle République du 11/09/2014) pensant certainement qu'ils allaient obliger les Algériens à revenir sur leur décision. Ou il faut les laisser créer des pénuries incroyables de carburant dans tout l'est du pays, ou bien alors on est indésirables chez eux.
Le monde marche sur la tête. N'est-ce pas qu'on aurait dû, nous aussi, à l'annonce de la taxe de séjour appliquée aux touristes exiger qu'elle soit annulée pour les Algériens ou bien fermer la route et, dans ce jeu de coupe-tout, nous sommes champions! Mais est-ce une manière d'agir? La faute est à l'Etat tunisien cette fois et c'est à cause de sa faiblesse qu'une telle chose a pu avoir lieu. On ne se souvient pas du temps de Benali avoir assisté à une bêtise pareille. Dans nos pays respectifs, sous-développés à outrance, était-il nécessaire que nous nous enfoncions encore plus avec de tels comportements venus d'un autre âge et d'autres lieux? Est-ce la conséquence visible de tant de lustres de gouvernance anormale? Est-ce le fruit de la destruction des écoles? Est-ce le développement naturel de comportements anormaux dans des situations anormales? Ou bien est-ce que nos frères tunisiens, chauffeurs de fourgon en colère, ont compris que notre gouvernement ne répond favorablement qu'avec la route barrée et les pneus brûlés?
Sociologues à vos méninges. Nous ne vivons tout de même pas dans une jungle.

l'Expression

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