Après les nouvelles nominations à la présidence : La succession en ligne de mire

De hauts gradés de l’armée voient dans les derniers changements intervenus au palais d’El Mouradia un plan de recomposition au sein du régime en vue d’assurer la succession à la tête de l’Etat.

La rentrée sociale n’a pas été des plus calmes. La récente nomination de l’ancien patron de la sécurité intérieure, le général Bachir Tartag, en tant que conseiller à la Présidence, a créé comme une surprise. Tant et si bien que des questions commencent à ranimer une scène politique algéroise plongée, depuis de longs mois, dans un coma profond. De quoi s’agit-il au juste ? Un prélude à une recomposition de l’échiquier politique autour du pouvoir présidentiel ? De nombreux hauts gradés de l’armée, soit en retraite soit en fonction, ayant bien entendu requis l’anonymat, voient dans les derniers changements intervenus au palais d’El Mouradia un plan de recomposition au sein du régime en vue d’assurer la succession à la tête de l’Etat. Nos interlocuteurs s’attendent d’ailleurs à d’autres décisions «aussi surprenantes les unes que les autres», allant ainsi dans le sens des déclarations faites mardi dernier par le patron du FLN, Amar Saadani, faisant état de «changements politiques importants» à venir dans le pays.

Saadani a même appelé les militants de son parti «à se mobiliser pour se préparer à cette nouvelle étape», sans toutefois, aller dans le détail. De hauts gradés de l’institution militaire avec lesquels nous nous sommes entretenus, tentent d’apporter des éclairages sur ce qui se passe au cabinet d’El Mouradia. Pour eux, il y a plusieurs indicateurs qui dévoilent la politique de recomposition «engagée par le frère cadet du Président». «La décision de faire appel au général Bachir Tartag, en tant que conseiller à la Présidence, fait partie de ce plan. Tout le monde sait que le courant ne passe pas entre le général Toufik, patron du DRS, et le général-major Tartag, surtout depuis que ce dernier a été limogé de son poste de directeur de la sécurité intérieure» pour être remplacé par le général Abdelhamid Bendaoud, parent par alliance du Premier ministre.

A peine quelques jours de repos et voilà que Tartag est récupéré par le chef de l’état-major de l’Anp et vice-ministre de la Défense nationale, en tant que conseiller, alors que la campagne électorale pour le 4e mandat battait son plein. «Après l’élection de Bouteflika, et ce, en dépit de sa lourde maladie, le contrat de Tartag prend fin. Pour tous, il devait faire partie des partants à la retraite en vertu du statut relatif aux personnels militaires, promulgué en 2006 dans le cadre du rajeunissement des troupes». Mais à la Présidence, affirment nos interlocuteurs, la décision n’est pas uniquement entre les mains du frère du Président. «Il y a aussi l’influence des hommes d’affaires qui ont financé la campagne électorale de Bouteflika. Constitués en groupes de pression, ils ont eux aussi leur mot à dire dans le choix des responsables».

Influence des hommes d’affaires

Ces révélations ne sont pas nouvelles. On se rappelle du pavé dans la mare jeté par la présidente du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, au début de l’été dernier. Lors d’une conférence de presse, la porte-parole du PT a accusé publiquement  le patron de l’entreprise des travaux publics et de construction, ETRHB, Ali Haddad, sans le nommer, d’interférer dans les décisions de l’Etat, en voulant procéder à des changements à la tête de Sonatrach. «Il n’y a pas de doute que l’on cherche à placer quelqu’un de plus maniable pour bénéficier de davantage de marchés», a-t-elle lancé aux journalistes.

Quelques semaines plus tard, le PDG de Sonatrach paya de son poste, laissant du coup accréditer la thèse selon laquelle une connexion serait établie à ce point entre les milieux d’affaires et le centre de décision à la Présidence. La maladie du chef de l’Etat, qui le contraint à s’éloigner de la scène publique, comme l’exige d’ailleurs la fonction, parasite à ce point les mœurs de la pratique du pouvoir au mépris des règles les plus basiques de la transparence. Des nominations et des départs de hauts responsables de l’Etat aussi surprenants qu’inexpliqués. Tous nos interlocuteurs considèrent qu’il s’agit là d’une lutte au sommet, à l’effet de garder les rênes du pouvoir entre les mains.

«C’est une recomposition pure et simple du système. Le frère du Président ne s’arrêtera pas là. Il continuera à opérer des changements aussi surprenants dans le seul but de fermer le jeu pour que le terrain lui soit totalement acquis, afin de succéder à son frère...», révèlent nos sources. L’ancien officier du DRS, Aboud Hichem, abonde dans le même sens, sans pour autant évacuer toutes les zones d’ombre. Dans un article publié sur le journal électronique Mondafrique, Aboud Hicham explique : «Après avoir échoué dans la création d’un parti politique lui permettant de se porter candidat à la magistrature suprême, Saïd Bouteflika est forcé d’opter pour le coup de force qui consiste à placer à la tête du DRS, source de tous les pouvoirs, un homme de confiance.»

Pour sa part, le politologue Rachid Tlemçani, apporte, lui, un tout autre éclairage. Tout en refusant de s’enfermer dans ce jeu de luttes d’appareils entre la Présidence et le DRS, il croit déceler de nouvelles ambitions à l’endroit des militaires et du pouvoir en général. Selon lui, «la recomposition est plutôt au sein de l’armée et l’enjeu est lié à la question économique». Comment est-ce possible ? «Pour éviter d’être au centre des luttes politiciennes et claniques, l’armée est en train de constituer sa propre économie. Elle veut être indépendante vis-à-vis du politique, en construisant ses propres usines de fabrication d’armement et de munitions».

Selon le politologue, c’est la première fois dans l’histoire que nous ne connaissons pas le successeur à la Présidence. Habituellement, il est connu bien avant la date des élections parce qu’il est choisi par l’état-major. Cela n’a pas été le cas cette fois-ci, ce qui laisse le terrain ouvert au clan présidentiel, qui veut, à travers les dernières nominations, «civiliser les décisions politiques et éloigner le plus possible les militaires de la politique…». En somme, entre l’inquiétude des uns et la suspicion des autres, le bateau Algérie navigue à vue dans une mer houleuse.

El Watan 

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