Il risque d’advenir si les politiques économiques actuelles restent inchangées

Le scénario catastrophe du FMI pour l’Algérie


Le scénario catastrophe du FMI pour l’Algérie
L’institution de Bretton Woods estime que l’Algérie possède une marge de manœuvre pour éviter ce scénario, en opérant dès maintenant une consolidation budgétaire graduelle, mais soutenue.

Le déficit budgétaire se creusera, la dette publique, quasiment nulle aujourd’hui, pourrait augmenter pour atteindre trois quarts du produit intérieur brut, les réserves de changes vont se contracter à 70 milliards de dollars en 2020, “un niveau qui n’est pas confortable pour un pays comme l’Algérie”. C’est ce qui pourrait arriver à l’Algérie si “les politiques économiques actuelles restaient inchangées” et que “la consolidation budgétaire” n’était pas opérée, prévient le directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale au FMI, Ahmed Masood, qui a effectué les 11 et 12 du mois en cours une visite en Algérie. Durant son séjour, M. Masood a eu plusieurs entretiens avec de hauts responsables algériens sur les retombées de la chute du prix du pétrole sur les économies de la région, mais également les mesures à mettre en œuvre pour préserver la stabilité macroéconomique du pays  tout en poursuivant les objectifs de croissance forte, durable, diversifié et créatrice d’emplois.  L’équipe du FMI évoque deux possibles scénarios de l’évolution de l’économie algérienne.  Premier scénario : “Les prix du pétrole restent dans la fourchette de 50-75 dollars le baril à moyen terme, sans modification de la politique économique actuelle, la croissance économique ralentit, le taux de chômage reprend son ascension”, explique Masood Ahmed au cours d’une conférence-débat organisée jeudi à l’hôtel El-Djazaïr, à Alger. “Ce n’est pas le scénario que nous envisageons”, précise-t-il, toutefois, indiquant que tous les hauts responsables algériens avec lesquels il a eu des discussions, dont le Premier ministre, lui ont fait comprendre que “eux, aussi, sont déterminés à éviter ce scénario”.

L’Algérie mieux préparée face à la chute des prix du pétrole
Le responsable du FMI a indiqué que la dégradation du marché international du pétrole survient au moment où “l’Algérie est beaucoup mieux préparée et dans une position beaucoup plus forte que dans les années 1980, grâce à la politique macroéconomique prudente qui a été menée”. L’Algérie a renforcé ses marges de manœuvre sur les plans extérieur et budgétaire, avec des réserves internationales qui couvrent environ 3 ans d’importation, une épargne budgétaire équivalente à un quart du produit intérieur brut (PIB) et un endettement très faible. Cependant, M. Masood a pointé les vulnérabilités de l’économie algérienne, estimant qu’“elles sont de plus en plus apparentes”, même quand les prix du pétrole étaient élevés. Le prix du baril de pétrole nécessaire pour équilibrer le budget général de l’État se situe à
120 dollars en 2015. “C’est le plus élevé au monde”, a constaté le responsable du FMI.
Certes, M. Masood prévoit une hausse des prix du pétrole d’ici à 2020, aux alentours de 70 à 75 dollars le baril, mais ils ne risquent pas d’atteindre les 100 dollars enregistrés il y quelques mois. Cette chute du prix pétrole entraînera un manque à gagner pour les pays exportateurs de pétrole et pèsera sur les équilibres budgétaires. Pour l’Algérie, le manque à gagner en recettes d’exportation est évalué à 20 milliards de dollars. Pour le responsable du FMI, la nouvelle réalité est que le prix du pétrole restera, à moyen terme, autour de 70 dollars le baril.
“On ne peut pas ignorer cette réalité”, a-t-il lancé, suggérant les éléments de réaction face à cette chute des prix du pétrole. M. Masood insiste sur la nécessité de mettre en œuvre une consolidation budgétaire graduelle mais soutenue. “C’est important de commencer maintenant et d’avoir une vision sur cinq ans”, estime-t-il. Pour ce dernier, il faut agir surtout sur les dépenses de fonctionnement, les transferts sociaux et les subventions, et maintenir les dépenses d’investissement. Néanmoins, si la consolidation budgétaire “est impérative” pour la réalisation des équilibres dans cinq ans, elle ne générera pas d’emplois. Il faut donc stimuler la contribution de l’investissement privé en améliorant le climat des affaires.   
Deuxième scénario : le FMI prévoit une réduction du déficit budgétaire, avant de passer à l’excédent. Les réserves de changes se stabilisent. L’endettement se situe en dessous de 10% du PIB. L’épargne se reconstitue. La résilience de l’économie algérienne par rapport au choc extérieur devient plus forte parce que le prix du pétrole qui équilibre le budget redescend pour passer en dessous des prévisions du prix du pétrole en 2019. La croissance, après un ralentissement en raison de la consolidation budgétaire, s’accélère, tirée par l’investissement privé et les exportations, si un programme ambitieux de réformes est adopté.
 
Comment construire un consensus sur les réformes ?
La question qui se pose pour le responsable du FMI est “comment créer un consensus dans le pays pour des décisions parfois difficiles mais qui sont nécessaires pour lancer le processus d’une consolidation budgétaire, dans un pays où les ménages et les entreprises sont habitués à un rôle plus prépondérant de l’État ?”  Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, présent à la conférence, se veut rassurant. Malgré le choc externe, la stabilité macroéconomique “n’est pas questionnée”, avec un taux d’inflation qui n’est que de 2,6% en 2015. M. Laksaci évoque également la solidité financière des banques, malgré le fort accroissement estimé à 26%, des crédits à l’économie en 2014. M. Laksaci indique que la liquidité bancaire “est encore appréciable”.
Cependant, la Banque d’Algérie a voulu prendre les devants pour se préparer à un éventuel manque de liquidités. “Le Conseil de la monnaie et du crédit a décidé de rouvrir les canaux de refinancement des banques à partir de cette année en cas de besoin”, a annoncé M. Laksaci, insistant sur la nécessité de “tirer profit, au mieux, de ces éléments de solidité financière,  pour une croissance plus forte, diversifiée et qui créera plus d’emplois”. D’autant qu’avec la baisse du pétrole, il y aura moins d’épargne comparativement à des besoins d’investissement plus élevés pour stimuler la croissance hors hydrocarbures. Dans la foulée, le gouverneur de la Banque d’Algérie interpelle les banques pour faire “un effort en matière de mobilisation de l’épargne financière”. Cela passera par un effort de promotion de produits financiers et une rémunération attrayante pour les épargnants. En marge de la conférence, M. Laksaci a indiqué que la Banque d’Algérie a intensifié, en 2014, le contrôle de change a posteriori.


M.R.

Liberté    

 

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