France : Immigration, nationalisme ou chauvinisme ?

Sans-papiers, retour des rafles

La dépêche de Kabylie 03/03/2008 France : Immigration, nationalisme ou chauvinisme ?

Ils sont responsables de toutes les misères des Français. Ce sont les responsables de la hausse diabolique du taux de chômage, ils appellent la pauvreté et la précarité.
C’est à cause d’eux que le pays court au précipice : les immigrés. Ceci est en gros le message de Nicolas Sarkozy, président de la République des droits de l’Homme et il a malheureusement fini par l’inculquer avec beaucoup de talent aux Français qui lui ont confié les clefs de la République.

Il ne se passe pas un seul jour en France sans qu’on ne les nomme. Toutes les discussions, du bistrot à l’hémicycle, chez les petits comme chez les grands sont désormais axées sur les sans-papiers. On les montre du doigt sans rougir et on leur met sur le dos tous les déboires de la France. Se chiffreraient-il par millions ? se demandent certainement bon nombre de gens.

Point du tout. Ceci est en effet une conséquence très logique, c’est l’aboutissement même de la campagne présidentielle qu’avait menée l’actuel Président avec acharnement et beaucoup d’habileté- sans demander conseil à la Ligue des Droits de l’Homme bien sûr. L’immigration était son cheval de bataille tout au long de sa campagne électorale face à une gauche estropiée, « bécassine » diraient même certains, et, du chou, le bonimenteur a su faire tout un potager. Il y a effectivement des sans-papiers en France et ceci ne fait aucun doute, mais le nombre n’est pas du tout de l’ampleur qu’on lui donne. Avec une sorte d’obsession, on a carrément tendance à le faire souffir pour justifier quelques-unes des souffrances des Français et redorer le blason de la République meurtrie, avilie par les impitoyables querelles politiciennes. Des charretées d’ennemis se tirent dessus à boulets rouges et s’arrachent les sujets les plus attrayants pour gagner des sièges au Parlement; la xénophobie, elle, nourrie depuis des décennies, a trouvé le terrain propice et fort convenable.

Une poignée d’immigrés en situation irrégulière a-t-elle donc inspiré Nicolas Sarkozy ? Comment est-ce possible ?

« La préférence nationale »
Longtemps rabâchée par Jean-Marie Le Pen, chef de file de l’extrême droite et ennemi avéré de l’éthique, du sens de la morale et des principes républicains, l’idée de la «préférence nationale», fût-elle infecte et insupportable, plaît beaucoup à Nicolas Sarkozy. Mais il ne la reconnaît pas exclusivement à Jean-Marie Le Pen, sinon elle serait plagiat. Il estime que la France appartient aux Français, viendront ensuite les autres. Or, les autres sont français pour la plupart.

On appelle « autre » dans la France d’aujourd’hui toute personne dont le sang ne serait pas totalement français. C’est une méthode machiavélique qui consiste tout simplement à mettre sur le bord de la société des personnes non désirées, les «autres.” Et les autres, sont ou maghrébins ou africains. Ce sont les sujets que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme oubliée en France depuis qu’elle vit le jour. Les laissées-pour-compte.

Pour mener à bien son projet méphistophélique et ne voir aucun de ses appétits de nuisance déçus, Nicolas Sarkozy, le Président qui travaille tous les jours sur tous les dossiers de la République, a créé une institution pour le moins surprenante. Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, cette suite de mots tonitruants est son nom. Cette structure honteuse rappelle à l’évidence un temps de guerre, un certain climat d’horreur et de peur. Mais cette démarche est-elle démocratique, cet appareil de l’Etat destiné à opprimer des innocents répond-il aux exigences de la Res Publica ? Pas sûr!

Le pays qui prétend veiller sur les droits de l’homme et les prémunir de toutes sortes d’abus et d’atteinte est en train de transgresser de façon outrancière les valeurs qu’il met faussement de l’avant. Le président, hâbleur incontestable, n’hésite jamais à attiser la colère des populations maghrébines et africaines et l’on soupçonnerait presque chez lui une certaine iniquité, indigne des valeurs qu’il se doit d’incarner. La « préférence nationale » est donc la politique qui donne tout aux Français, tandis qu’elle prend aux « autres ». C’est la politique unilatérale qui se soucie d’une partie de la population, des sujets qui ne « mettraient pas en danger l’avenir de la nation », ceux qui la « prolongeront ». Et les «autres» peuvent encore attendre !

Objectif 2007 : 25 000 expulsions
Expulsion, un mot à bannir d’emblée. On préfère plutôt dire reconduite aux frontières car l’expression fait beaucoup moins peur.
Aussitôt, la naissance du ministère annoncée, tous les préfets et les flics de France se sont, en effet, mis au boulot. Ils ont reçu l’ordre d’opérer sans ménager aucun effort, de travailler plus s’il le faut…pour gagner plus.

Sans plus tarder, des rafles sont organisées aux quatre coins de la France. Les hommes en bleus envahirent les rues et les gares en partant à la quête de l’Arabe et du Noir. Les contrôles sont aberrants, réitérés sans cesse sur toute personne dont le faciès serait litigieux. « Vos papiers ! », rien que cette dure apostrophe fait trembler et soulève le cœur. Le scénario est devenu classique et l’on s’attend à être arrêté à tout moment par les policiers, en civil ou en uniforme, pour subir un interrogatoire informel et inopiné. Gare à celui qui n’a pas ses papiers sur lui ! Voilà. C’est fait, la Droite s'est désembouteillée. Longtemps complexée, cette pauvre Droite, elle sort enfin de son sommeil. Elle doit tout à Nicolas Sarkozy. Bravissimo !

Décomplexée, mais à quel prix! La France d’aujourd’hui n’accepte plus, en effet, les «Barbares », en l’occurrence tout étranger à la Cité. Le procédé est usé, il est grec et romain. N’accédaient pas à Sparte les non-spartiates, n’entraient pas dans Rome ceux qui ne parlaient pas latin. Sous Appius Claudius, le décemvirat légiférait sur les plébéiens en toute liberté dans des salles closes et ceci sans le moindre avis du peuple. La plèbe n’avait qu’à se soumettre. Ce fut le plus grand péché, qui pouvait coûter la vie, que de vouloir s’immiscer dans les affaires des magistrats, ou de les décrédibiliser. On détestait, somme toute, et considérait ennemie toute personne s’opposant aux décisions des décideurs. Mais qui fait les décideurs ? Le Bon Dieu, certainement pas! Les décideurs ont toujours été décideurs parce qu’ils agissent par la force et l’oppression pour faire régner ensemble subordination et sujétion. Et par la même logique, à cause des mêmes schémas de domination, des hommes ont fini bâillonnés, gazés et écrasés comme de vilaines mouches tombant par millions. Les Nazis, faut-il le rappeler, opérait par rafles. La France veut-elle peut-être jouer au même jeu sanguinaire, elle use de moyens dissemblables mais tout autant redoutables. Car salir ou effacer l’identité de quelqu’un, égale le fait de l’effacer lui-même. En France les centres de rétention des immigrés en situation irrégulière ne désempilent plus, des écoliers sont brutalement arrachés à leurs institutrices pour aller avec leurs parents dans ces zones les plus policées de France, des femmes sont séparées de leur mari dont elles attendent désespérément le retour…

La provocation ne s’arrête pas là. M. Brice Hortefeux, ministre chargé de la sale besogne, a même annoncé dans un entretien accordé à VSD la création prochaine d’un «Prix de l’Intégration et du Codéveloppement pour valoriser les réussites sur le terrain. » Le Prix récompensera, selon le ministre, trois lauréats : celui ou celle qui aura réussi un parcours d’intégration associatif, celui ou celle qui aura aidé quelqu’un à s’intégrer et enfin, au titre du codéveloppement, celui ou celle qui aura réussi son retour dans son pays d’origine. Ceci s’ajoute au cadeau des 6 000 euros accordés à toute personne en situation irrégulière pressée de quitter le territoire français. « Mais de quelle Intégration parle-t-on à la fin ! », s’insurgent nos interlocuteurs maghrébins. « Du temps de la guerre, il fallait civiliser nos parents et maintenant il faudra que nous nous intégrions. Ne nous sommes-nous pas encore intégrés après un demi-siècle de vie commune ? Nous ne sommes bons à rien, veulent-ils dire ?», vocifèrent tout haut les populations maghrébines qui se sentent de plus en plus rejetées et délaissées.

Enfin, l’année 2007 a été bonne pour Sarkozy et son objectif premier était presque atteint. 2 4000 personnes environ ont quitté le territoire français pieds et poings liés.

Objectif 2008 : 26 000 expulsions
La pêche a été si bonne en 2007 que l’on veut battre encore des records cette année. Le poisson a mordu, le peuple a les yeux rivés sur son caddie et son porte-monnaie, et le silence règne sur la tragédie humaine. Personne ne proteste, personne ne dénonce les dérives ni en France ni d’ailleurs. Et pourtant le bilan de l’année dernière est affreux, les conséquences, elles, sont très lourdes. Des familles entières sont détruites et les règles même de vie en cité sont remises en cause. L’eldorado qui faisait tant rêver, qui accueillait entre les deux Guerres Mondiales plus de 20 nationalités pour reconstruire et rebâtir la France, pour lutter contre le nazisme a aujourd’hui tourné le dos à la bienséance.

On parle d’intégration comme au temps des colonies et les lois anti-immigrées se multiplient au jour le jour. Le droit du sol, un principe républicain jadis intouchable, est de plus en plus remis en question dans le but de maîtriser le flux migratoire et de restreindre de façon évidente les droits des immigrés. L’idée a déjà été émise, très tôt, par François Baroin, ministre de l’Outre-mer sous Dominique de Villepin, mais la conjoncture d’alors avait aussitôt enterré le projet. Aujourd’hui, c’est Christian Estrosi, secrétaire d’État à l’Outre-mer et challenger du maire sortant de Nice, Jacques Peyrat, qui remet l’idée au goût du jour. Il déclare explorer d’abord les territoires de l’Outre-mer pour y revoir les conditions d’accès à la nationalité française « jusque-là très facile à obtenir.» Il prévoit une «réforme spécifique» pour le printemps prochain et celle-ci «interdira à tout enfant né de parents en situation irrégulière de réclamer son appartenance à la nationalité française.» La réforme viendra certainement s’exécuter en métropole tout de suite après pour concerner l’ensemble des immigrés, et notamment ceux en situation irrégulière. Elle veut dissuader et aveugler la tentation, contrôler, voire interdire les mariages mixtes à long terme. Elle vise clairement à maîtriser le nombre des Français de France à l’avenir pour leur permettre de jouir seuls des délices de leur nation. Le droit du sol n’existera plus à ce moment-là, il laissera place au « droit du sang », la fameuse invention d’Hitler. On ne deviendra plus français, on le naîtra et l’on devra, si possible, choisir des parents français avant la naissance. Cela se fera dans le cadre de la loi et de la démocratie, de la liberté et du respect de l’autre en France, chez Nicolas Sarkozy.

« Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
(Madame Roland.)

 

par Chouitem Chabane

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