Portrait d’un étudiant victime de sa générosité

 Qui est Mounir Aït Menguellet ?

LIBERTE 30/01/2008

Mounir Aït Menguellet est aujourd’hui âgé de 32 ans dont quatre passés sous mandat de dépôt. Accusé d’avoir assassiné, en janvier 2004, Maria de Jesus Lopès, une vieille Française de 72 ans d’origine portugaise.
Seul témoin et qui a découvert le corps de la victime, tous les soupçons pèsent sur lui.

À défaut d’explorer toutes les pistes, les enquêteurs se sont concentrés et contentés de “la cible facile” désignée par la fille de la victime. On réinvente alors et applique la théorie criminologique de Lombroso sur le comportement inné du criminel. Et Mounir rentre, selon cette optique, dans la catégorie. C’est un étranger, catalogué arabe et musulman, fatalement violent puisque c’est dans leurs gènes, les musulmans. Ces ingrédients conjugués à des opinions extrémistes ont fait de lui le coupable “sur mesure”, cela d’autant que la vieille qui se livre à des pratiques de sorcellerie, de magie noire — (les poupées et statuettes transpercées d’épingles est une pratique vaudou) — et de la superstition est décrite comme une catholique pieuse. Sciemment ou par oubli, le détail de la statuette du gendre plantée d’épingles est passé pour un détail anodin. Les musulmans, les Algériens particulièrement ne sont pas connus pour pratiquer ce genre de rituels. Et pourtant, c’est ce qui sera retenu, entre autres, contre lui.

Le jeune a tôt montré sa passion et son intérêt pour la musique. Son père chanteur célèbre, l’initie et vite il se met à la musique classique. Il n’en sortira plus. Son instrument favori est le piano qu’il maîtrise. Il a écrit même des partitions. En fait, toute la famille baigne dans la musique, une tradition inaugurée par le père. Toutefois, il ne se consacre pas à la production comme l’a fait son frère Djafer qui accompagne, également son père.

Parallèlement, il se met au sport. Le karaté. Il obtiendra sa ceinture noire 1er dan. Avec un sens prononcé pour la solidarité — encore un legs familial —, il donnera bénévolement des cours de karaté au profit d’associations. Son père a chanté à Béjaïa pour un village qui n’avait pas les moyens pour construire un château d’eau.

Sportif, d’un grand gabarit, musclé, il entretient son physique musclé qui lui donne l’allure d’un bel homme d’origine européenne. Pourtant, Mounir demeure attaché aux traditions, timide et respectueux de ses aînés. La tradition veut que l’on respecte en toute circonstance les aînés, particulièrement les personnes âgées qu’on ne doit pas abandonner. Ce qui explique sa relation avec la victime.

Lorsque le père a acquis l’immeuble, la vieille locataire vivait seule. Elle n’avait personne pour l’assister en cas de besoin. Sûrement pas son gendre qu’elle n’aimait pas. Pris de pitié pour elle, Mounir lui rendait régulièrement visite, se chargeait de lui faire les courses, de lui acheter ses médicaments, de s’enquérir de sa situation. Avec le temps, ces gestes sont devenus habituels, naturels. Cette compassion mènera à la confidence.

L’immeuble vendu, Mounir s’installe à Lens où il travaille tout en poursuivant ses études. Il faisait des études d’anthropologie et de droit à la Sorbonne. À chaque fois qu’il descendait à Paris pour ses cours, dans un geste humain, il lui rendait visite. Jusqu’à ce jour où il la trouva sans vie, tuée selon un rituel que l’on lui connaît à elle-même.

Difficile d’accréditer l’accusation du jeune qui n’a ni motif ni mobile de commettre le crime. Et dire qu’il faisait le droit pour devenir avocat ; c’est lui qu’on accuse alors que des indices prouvent qu’il reste plusieurs pistes à explorer.

On s’est alors contenté d’une victime expiatoire dans une enquête bâclée. Omar Raddad et le bagagiste de l’aéroport d’Orly, pour ne citer que ceux-là, ne semblent pas avoir dissuadé les enquêteurs et la justice d’abandonner les thèses “farfelues” de Lombroso.  

par Djilali Benyoub

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