Si le risque de recession mondiale se precise

 L'Algérie sera touchée directement, si...

Le soir d'Algerie 23/01/2008

L’Algérie sera affectée directement si le risque de récession mondiale se précise sur le moyen terme. Pour le moment notre pays est capable de résister aux chocs extérieurs, à charge de développer une véritable stratégie financière à l’international et une alternative à la dépendance aux hydrocarbures.

 

En deux jours, lundi et mardi, les places boursières asiatiques, donnant le coup d’envoi, suivies par celles européennes, ont connu une forte chute de leurs indices. Des indices en dégringolade et des centaines de milliards d’euros envolées en fumée, que ce soit à Madrid, Paris, Londres ou à Tokyo et à Shanghai. Et même les bourses du Golfe ont chuté. Des marchés inquiets par le risque de récession ou diminution de l’activité économique aux Etats-Unis, un des principaux moteurs de la croissance mondiale. Une économie dont la croissance baisse d’une manière significative, où le chômage augmente et l'inflation menace. Également, une économie qui pâtit encore des retombées de la crise des crédits immobiliers hypothécaires ou crise des subprimes, fait marquant de l’année dernière.

Y a-t-il risque de récession mondiale ?
Toutefois, une économie américaine qui pour le moment n’est pas encore en forte récession et où la barre pourrait être redressée grâce au plan de relance du président américain George Bush. Ce dernier a, en effet, proposé des baisses d'impôt pour les ménages, des mesures fiscales sensées stimuler la consommation aux Etats-Unis. Un plan doté d’une enveloppe de 140 milliards de dollars, soit 1% du PIB américain, et que plusieurs analystes et décideurs américains et européens jugent cependant imprécis, insuffisant, tardif, décevant. Or, les résultats de ce plan ne seront perçus qu’à l’horizon 2009, après une année marquée par la campagne électorale pour les élections présidentielles de novembre 2008. Et d’autant que la FED ou réserve fédérale américaine peine à contrebalancer les répercussions de la crise des subprimes et réduire les déficits. Même si la FED a abaissé de façon imprévue hier son taux directeur de trois quarts de point à 3,75% pour relancer l’économie. Cela étant, le pessimisme s’amplifie en Europe où l’on se refuse pourtant de parler d’une récession mondiale, voire d’un krach généralisé, mais plutôt d’un ralentissement de la croissance mondiale. Dans le vieux continent, où la baisse des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne est souhaitée, l’on se prévaut d’une solidité financière quoique la croissance attendue ne soit pas réellement au rendez-vous et que l’euro, en baisse par rapport au dollar, subisse les contrecoups de la crise américaine. Or, les pays émergents, Chine en tête, mais aussi l’Inde, le Brésil, autres moteurs de la croissance, pourront-ils empêcher la planète de tomber en récession ? La réponse est encore incertaine d’autant que la Chine connaît quelques tensions même si son potentiel de croissance n’est pas remis en cause. Pourra-telle compenser le ralentissement ?

Les cours du baril ont chuté de 15 dollars
Krach ou pas, récession mondiale ou non, les prix du pétrole ont subi fortement les contrecoups de ce plongeon ou «correction brutale». Des cours en baisse de 2% dans les échanges électroniques en Asie, en raison de craintes sur une baisse de la demande de brut. Ces cours battaient en retraite hier, perdant trois dollars et demi à New York, et plongeant à 85 dollars à Londres, un niveau plus observé depuis trois mois. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars a touché dans la matinée 85 dollars, un niveau qui n'avait pas été vu depuis le 25 octobre. A la mi-journée le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars s'échangeait à 86,15 dollars, en baisse de 1,36 dollar. Le baril de Light Sweet Crude pour livraison en février a plongé jusqu'à 86,11 dollars hier matin sur les échanges électroniques. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril s'échangeait au même moment à 87,36 dollars, en baisse de 3,21 dollars. En fait, les cours du baril ont chuté de 15 dollars par rapport à leur pic de 100 dollars du 3 janvier écoulé. Et la tendance est appelée à se poursuivre même si les analystes doutent d’un baril à moins de 50 et 60 dollars, voire inférieur à 30 dollars.

La demande de pétrole en baisse en 2008
Malgré la dégradation du climat économique général, les fondamentaux du marché restent robustes, ce qui devrait, en effet, limiter les pertes. Ce recul des prix cumulé au spectre d'une récession économique mondiale vont vraisemblablement infléchir la décision de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), lors de sa réunion à Vienne le 1er février. Dans son rapport de janvier publié hier, l'organisation pétrolière a maintenu sa prévision de croissance de la demande de brut pour 2007 à 1,42% mais a légèrement revu à la baisse sa prévision pour 2008 à 1,52% contre 1,54% en décembre. Pour 2008, la croissance de la demande devrait atteindre 1,3 mb/j soit un volume de 87,07 mb/j en moyenne, selon l'OPEP. Des prix qui resteront encore élevés à moins d’une récession économique mondiale réelle. Et si cette hypothèse se réalisait, la situation s’aggravant, quelles en seraient les conséquences sur notre pays ?

L’Algérie touchée mais…
Immanquablement, l’Algérie sera affectée directement si le risque de récession mondiale se précise sur le moyen terme. Notre pays, grand exportateur de pétrole, verra ses revenus amoindris par une perte de plusieurs dizaines de milliards de dollars et ses ambitions en matière de développement économique remises en cause. Mais, fait rassurant, notre pays a engrangé suffisamment d’excédents et de réserves de change, de l’ordre de 100 milliards de dollars, à même de couvrir pendant 45 mois ses importations et financer son programme de développement. Ainsi, notre pays est capable pour le moment de résister aux chocs extérieurs. Mais si les cours continuent leur plongeon, cela pourrait contraindre l’Algérie à recourir, à l’horizon 2010, à l’endettement extérieur, option qu’elle a pourtant exclue. Une éventualité qui soulève une fois de plus l’inefficacité, voire la vacuité, de la politique économique poursuivie. Notre pays a-t-il impulsé une démarche de développement alternative à sa dépendance aux hydrocarbures ? La réponse est non et la question fait toujours l’objet de la rhétorique. Notre pays sait-il fructifier ses placements ? L’incertitude persiste. Certes, notre pays a placé une bonne partie des ses réserves, une cinquantaine de milliards de dollars, sous forme de bons du Trésor américain et dans des banques américaines considérées comme fiables.

Les interrogations demeurent
Pourquoi ne pas transformer ces placements en fonds souverains ? Pourquoi ne pas développer une véritable stratégie financière à l’international au lieu de dépendre d’apports financiers externes fluctuants et incertains ? Pourquoi la démarche économique peine-t-elle à dépasser le stade du conjoncturel, du court et moyen terme, et de la consommation effrénée de ressources financières, sans aucune traduction sur le terrain ? Pourquoi évoquer l’absence d’argent dans les caisses, comme le ministre de l’Industrie, Abdelhamid Temmar, s’en est fait le chantre récemment, alors que l’argent existe mais est mal utilisé ? Autant de questionnements qui méritent une réponse, une vision claire et une stratégie à long terme, que d’aucuns désespèrent de trouver auprès de ceux qui gèrent la res economica, et res politica en Algérie.

 

par Chérif Bennaceur

Agenda

July 2022
M T W T F S S
27 28 29 30 1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31