Cela se passe à Tizi Ouzou

 L’état civil refuse des prénoms amazighs

La dépêche de Kabylie 14/01/2008

Douze ans après son introduction à l’école algérienne et six ans après sa constitutionnalisation en langue nationale après le Printemps noir sanglant de 2001, tamazight subit toujours les censures et les différentes restrictions de l’Administration.

Ainsi, après le parcours du combattant des parturientes lors des accouchements dans les cliniques algériennes, le calvaire ne semble pas s’estomper pour autant. En effet, un nouveau né à Tizi Ouzou, appelé " Mass-Tyass ", le prénom d’un membre de la famille royale du roi Jugurtha, qui a combattu héroïquement les Romains, a été refusé par les services de l’état civil de Tizi Ouzou.

Devant cette situation, où non seulement tamazight est toujours victime d’un apartheid linguistique, elle perd même le fief de la revendication qui l’a porté depuis les années 40, la Kabylie. Un petit et bref rappel des différentes étapes de luttes qu’a vécu la revendication serait nécessaire pour situer le débat.
Durant la Révolution de Novembre, la revendication identitaire était mise en veilleuse pour les besoins de la lutte commune contre le colonialisme. Quelques années après 1962, la riposte populaire à l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri en 1980 a donné naissance au Printemps berbère. C’est par la mobilisation de toutes les forces progressistes face à la violente répression que tamazight prenait sa place dans le discours politique national de l’époque. Ce mouvement d’essence revendicative et démocratique sonna le glas du régime. Avril 80 fut un tournant décisif dans le combat identitaire et démocratique en Algérie depuis l’Indépendance. En fait, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, la question berbère, reléguée, des années durant, à une simple agitation de conjoncture, a été posée par la force des mots et du mouvement par la population. La décennie qui s’en est suivie a été riche en luttes. Dès lors tamazight gagnait terrain et sympathie. En 1988, avec l’ouverture démocratique, les militants berbèristes redoublaient d’actions afin d’imposer une place à leur revendication. Moult actions, tel le boycott scolaire a été engagé par les animateurs du Mouvement culturel berbère, MCB en 1994 pour introduire tamazight dans le système éducatif national. Une année après, la langue de Massinissa est enseignée, même si de manière timide, dans les écoles algériennes, notamment en Kabylie. Au début du nouveau millénaire, tamazight est revendiquée dans le sang par la Kabylie. Les événements tragiques de 2001 ont inscrit tamazight langue nationale sur décision du président de la République.

La reconnaissance de la langue millénaire des Algériens est le fruit d’une lutte acharnée, menée pendant plus d’un demi-siècle par plusieurs générations de militants. Elle est sortie des carcans rétrogrades du monolinguisme imposé.

L’interdiction d’inscrire nos enfants sous une affiliation berbère, survient à un moment où tamazight est la cible des courants arabo-islamistes, comme le projet de le transcrire en caractères arabes. Elle survient aussi dans une wilaya qui n’est autre que le bastion de la revendication berbère.

Les hautes autorités du pays, ainsi que tous les militants démocrates sont interpellés par cette énième atteinte, d’un côté aux sensibilités régionales et de l’autre, aux lois de la République et de la Constitution.

Enfin, pourquoi notre Administration accepte-t-elle des prénoms à connotation terroriste, comme Oussama Ben Laden, ou ceux venus d’Europe comme Laëticia, Sandra… ?  

par Mohamed Mouloudj

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