La chance ne sourit qu’une fois (2e partie)

La Dépêche de Kabylie 08/12/2007

Les récits de cette rubrique sont inspirés de faits véridiques que nous avons pris soin de romancer pour les besoins de la narration. Nous avons également pris soin de modifier les noms des personnes (et parfois des lieux) afin de préserver l’anonymat de ceux qui ont vécu les faits rapportés.

 

Ryma est mal dans sa peau parce qu’elle a accusé à tort un jeune homme de lui avoir volé son portefeuille. Elle veut le retrouver pour lui demander de lui pardonner mais elle ne sait pas où le trouver.
Son amie, Latifa, lui dit :

Tu ne sais pas où le trouver ? Mais dans le bus, pardi ! Avec un peu de chance, tu finiras par le rencontrer de nouveau, à condition bien sûr qu'il soit un habitué du bus que tu prends chaque matin. S'il avait pris ce matin ce bus exceptionnellement, tu ne le reverras plus, ma vieille !

- Si je ne le retrouve pas, je deviendrai folle ! Je l'ai trop humilié ! Je dois lui demander pardon !

Le lendemain matin, dans le bus qui la conduisait de Diar-Essaâda à la place du 1er Mai, Ryma ne cessait de tourner la tête dans tous les sens.

A chaque fois qu'une vague de passagers montait, elle la scrutait, mais au bout d'un certain temps, elle finit par se lasser et s'assit à la première place enfin libérée.

Et soudain, à travers la vitre embuée de la fenêtre, elle aperçut une voiture blanche s'arrêter à côté du bus à cause de l'embouteillage. L'homme qui se trouvait au volant leva la tête et elle sursauta.

C'était le jeune homme qu'elle avait accusé de vol la veille ! Il l'avait reconnue aussi !

Alors, il pointa son index droit vers sa tempe et le fit tourner deux ou trois fois. Ryma rougit, puis pâlit. Le jeune homme venait de la traiter de folle ! Elle voulait descendre la vitre et lui lancer quelques mots d'excuse mais la voiture démarra brusquement et disparut définitivement de sa vue. Il était au volant d'une très belle voiture, et elle, idiote qu'elle avait été, elle l'avait soupçonné d'avoir dérobé son misérable portefeuille contenant 200 DA !

Quand elle arriva à son bureau, elle se confia à sa collègue:

- J'ai revu le jeune homme que j'ai ridiculisé hier…
-Tu l'as revu ? Et à en juger d'après l'expression de ton visage, il a rejeté tes excuses !
- Non... Je n'ai pas pu placer le moindre mot.

Elle lui fit part des conditions dans lesquelles elle l'avait rencontré et la manière avec laquelle il l'avait traitée de folle.
- Et comment il est comme type ? Reprit la collègue.
- Je ne l'ai pas bien vu, tu sais. Il y avait la vitre du bus entre nous... Heureusement qu'il avait baissé celle de sa portière...parce que maintenant, je sais qu'il emprunte ce chemin tous les jours...
-Ah ! Oui, ironisa Latifa... Lui, dans sa voiture, toi dans ton bus, vous n'aurez aucun mal à vous rencontrer !

Latifa avait raison de se moquer d’elle.
Il s'était écoulé une quinzaine de jours sans que Ryma ne rencontre de nouveau le jeune homme dans le bus, ni ne l'aperçoive dans sa voiture. Mais était-ce sa voiture? Ne l'avait-il pas empruntée à quelqu'un parce que la scène qu'elle lui avait fait subir lui avait ôté toute envie de remonter dans les bus ? Durant ces quinze jours, la jeune fille ne cessait de combiner les souvenirs qu'elle avait de lui de la première fois qu'elle l'avait vu et de la seconde, dans l'espoir de se forger une sorte de portrait robot qu'elle garderait gravé dans sa tête, car à mesure que le temps s'écoulait; elle l'oubliait. S'ils se retrouvaient un jour face à face quelque part, elle aurait peut-être du mal à le reconnaître.

Lui, il faudrait peut-être lui rappeler la scène du bus pour qu'il se souvienne d'elle. Non, peut-être pas…Ne l'avait-il pas reconnue, le lendemain ? Oui, mais c'était le lendemain ! Maintenant, plusieurs jours s'étaient écoulés !

Le temps passa.
Ryma était à la maison ce vendredi-là, lorsqu'elle entendit son jeune frère Redouane âgé de six ans crier. Elle s'arracha du fauteuil où elle était blottie, en train de regarder un film.

- Que se passe-t-il ? Que se passe-t -il ? Redouane, mais tu saignes !
- Il s'est cogné la tête contre la fenêtre, expliqua la mère, il a une profonde blessure au-dessus de son arcade sourcilière.
- Oui… des points de suture sont nécessaires.
- Oh ! Mon Dieu et ton père qui n'est pas là aujourd'hui, se lamenta la mère.
- Mais je suis là, mère… je vais l'emmener à l'hôpital Mustapha.

En moins de vingt minutes, un taxi déposa Ryma et son frère à côté du pavillon des urgences de l'hôpital.
Il y avait du monde mais une infirmière passa par hasard à côté du gosse, constata sa blessure et décida de le faire passer en priorité. Dans la salle des consultations, Ryma dut serrer ses dents pour ne pas crier. Le jeune médecin qui était assis derrière un petit bureau en train de consulter des radios n'était autre que le jeune homme qu'elle avait traité de voleur !
( à suivre…)

 

par N. Nait-Salem

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